Le train Sfax-Gabès.

  • Auteur(s) : Camus
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  • Publi le : mercredi 16 juillet 2008

En bref

Mercredi dernier, ayant rencontré des amis revenus de Tunisie, j’ai aperçu parmi eux, ma cousine Viviane. M’étant informé de son voyage, elle s’est écriée : " J’ai revu la gare de Gabès " !


Il n’en fallait plus, pour que les personnes réunies éclatent de rire en se rappelant d’une anecdote concernant Viviane et le train. Ce qui nous a donné une occasion de raconter nos souvenirs dans la bonne humeur.

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L’autorail raté

Tchik, tchik, tchak, c’est le train...

Mon premier voyage à Gabès a été mémorable ! Nous avons pris le train. C’était juste après la 2ème Guerre Mondiale. Les arrêts étaient fréquents et il fallait sans cesse s’attarder le temps du dépannage, du déblayage des monticules de sable s’amoncelant sur la voie ferrée et attendre. Notre arrivée tant souhaitée, n’était prévue que pour quatre heures de l’après midi. Ces 120 km en huit heures de voyage nous avaient éreintés. Les vacances de Pâques passées, le retour a été plus aisé.

J’ai souvent refait ce voyage, et avec l’appartion de la micheline, çà devenait aussi commode que pratique : 2 heures en tout. J’adorais durant ces voyages, voir l’autorail pénétrer sous les tunnels de Beb Ej-Jebli, écouter le claquement des roues sur les rails, compter les poteaux télégraphiques se sauvant en marche arrière, et entendre l’annonce des gares différentes par le chef de train. L’entrée de Gabès est magnifique, quand le bolide file sur le pont au dessus l’Oued et qu’une multitude de palmiers apparait.

Mon oncle Miro et ma tante Bahlou (R4achel) nous accueillaient avec bienveillance, ainsi que tonton Hmino, tata Rosette et mes cousines, Raymonde et Marie.

Chacun était aux petits soins avec les petits neveux, si mignons. Mais les enfants ont tendance à grandir et c’est ce qui nous est arrivé. Ce qui nous mène à notre anecdote.

A l’âge de quatorze ans, mes voyages à Gabès prirent une tournure heureuse : parmi les amies de mes cousines, l’une d’elles attira mon attention. Elle acceptait mes invitations et nous nous rencontrions tous les jours, pour des sorties au cinéma, des promenades, des après midi au café et des bains à la mer. Les vacances touchaient à leur fin, le compte à rebours commença pour les jours et... le contenu de mon portefeuille (qui n’était pas ma propriété à vrai dire, car il comprenait aussi le montant de nos tickets de retour en micheline). Les deux disparaissaient petit à petit.

Le jour J.

Le jour J arriva et nous devions retourner à Sfax, ma sœur Louise quinze ans, ma cousine Viviane six ans et Vivi que vous connaissez bien, six ans aussi.

J’ai compté mes sous et j’ai vu avec effroi que je ne pourrais pas payer les billets de retour. Je n’osais pas demander un emprunt à mon oncle, par timidité. Que faire ?

Nous sommes arrivés à la gare et j’ai demandé de payer « innocemment », un voyage pour deux personnes. On m’a répondu que la micheline venait de partir.

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Vivi n’a pas eu ce privilege

— Quelle déveine ! Me suis-je écrié.

(Quelle veine ! Ai-je pensé sachant ne pas avoir assez de monnaie).

Nous retournerons chez tonton et je lui avouerai mon pépin, et il me prêtera ou donnera la somme voulue. Demain, nous serions partis. Ni vu, ni connu. Personne ne saura que j’ai abusé dans mes dépenses.

— Vous avez la possibilité de voyager dans le train de marchandises, me dit en souriant une gentille fonctionnaire. Si voulez le faire, çà vous coutera cent cinquante francs (millimes) pour deux. Mais çà roule lentement !

C’était la solution.

J’ai vidé mes poches jusqu’au dernier centime, et çà faisait exactement la somme. Moins cher que la micheline, quelle chance ! En chemin vers le quai, j’ai expliqué à Vivi et à Viviane, que leur âge sera désormais cinq ans. Pas six. Car à six ans, le voyage est payable.

— Vous avez bien compris, mes adorés ? Si on vous demande votre âge, vous direz :

« Nous avons cinq ans. » Sinon, je devrai payer et mes poches sont vides.

— Bon ! Dit Vivi, mais tu m’achèteras une toupie.

— Et à moi un frigolo ! exigea Viviane.

— Bien sûr ! Promis et assuré !

Quel âge a Viviane ?

Dans le train, toutes les places étaient prises par des paysans qui faisaient des petits parcours. Mais les wagons ne se vidaient pas et les banquettes se remplissaient de nouveau, tout le temps. Par politesse pour les personnes âgées, nous cédions toujours, nôtre tour de s’assoir. Noblesse oblige ! Nous sommes donc, restés debout. Cinq heures après notre montée dans le train, un contrôleur vint pointer nos tickets.

— Les enfants sont en bas âge, j’espère ?

— Bien sûr ! Monsieur. Cinq ans, presque.

— Moi j’ai six ans ! Répliqua Viviane.

— Ah bon ! Six ans. Je ne vous fais pas d’amande, mais vous devriez acheter un billet moitié tarif, quarante francs, c’est le prix enfant.

— Monsieur le chef de train, je n’ai pas cette somme.

— Alors laissez-moi une pièce d’identité que je vous rendrai quand vous me payerez. J’habite la Cité Lyon.

— Moi j’ai de l’argent, intervint Vivi. Et il sortit fièrement une pièce de monnaie pour payer au contrôleur.

Six heures de route et nous étions arrivés à Sfax. Ma sœur Louise m’a fait des remarques concernant mes gaspillages, elle avait raison, il faut le reconnaître. Quant à Vivi, je lui ai rendu la somme prêtée au moins six fois, mais de temps en temps il se rappelait que je lui devais quelque chose. Quel usurier !

J’ai eu une idée, celle de l’envoyer demander sa dette chez Viviane. Cela fait cinquante ans, qu’il la lui rappelle. Et elle, pour être quitte, l’invite à prendre un café chez elle, chaque année, avec une tranche de gâteau, bien sûr. Un genre d’anniversaire, en quelque sorte !

  • > Le train Sfax-Gabès. , le 23 juillet 2008, par FREDIB

    De la part de Viviane , il fallait s’y attendre ,son frère Elie avait fait le même coup quelques années auparavant.

  • > Le train Sfax-Gabès. , le 18 juillet 2008, par Nathan

    Oui, oui, je m’en rappelle de cette aventure a laquelle je voudrais mettre quelques précisions.

    Avant de quitter Gabès mon oncle "Miro" nous avez donné cent franc a Viviane et a moi.

    Quand Le contrôleur a su que Viviane avait plus de cinq ans ? Il exigeât de payer pour elle comme pour moi,bien que j’avais cinq ans moins des poussières question de nous éduquer.

    Viviane ne voulait en aucun cas se séparer de ses cent franc.

    A mon avis Camus confond avec l’histoire de mon frère Herzel qui avait trouvé cent franc sous une cabine de la plage de gabès (c’était dans une autre occasion) et les as donné a ma mère qui proposa d’acheter des chapeaux de paille a chacun de nous avec le consentement de mon frère.

    C’est ici qu’Herzel, qui a chaque fois qu’il se sentait vexé demandait le remboursement de ses "cent franc".
    Comme la dit Camus Herzel avait reçu a plusieurs reprises ses cent franc.
    Je m’en souviens encore qu’étant en Israël il reprit son refrain :
    —  Je veux mes cent franc !

    Mon père qui perdit patience, lui donna l’équivalent de cette somme tout en lui demandant de bien s’en souvenir cette fois !

    Quand a Viviane ma cousine ? A chaque fois que je la vois j’exige mes cent franc, plus pour en rire que pour les reprendre.
    Je pense que c’est pour cela quelle avait reconnu la gare de gabès.

    Dire que Camus avait fait la vie avec nos sous ?
    Si encore il m’aurait emmené avec lui dans ses gaspillages, afin d’apprendre quelques trucs ?
    Exemple comment fleurter avec une gonzesse.

  • > Le train Sfax-Gabès. , le 17 juillet 2008, par Syfax

    Les trains ont toujours leurs histoires et celle-ci en est l’une des plus belles. Les tunnels avoisinant Bab Djebli, par lesquels passait le train de Gabes ont déjà disparu depuis longtemps une fois tous les ponts ont sauté. le train de Gabes ne passe plus désormais par cet itinéraire mais par un autre nouvellement tracé du côté du Port.

    • > Le train Sfax-Gabès. , le 18 juillet 2008, par Camus

      Ya hasra les ponts de Beb Ejebli ! Le pont montait pour permettre au tunnel de s’introduire en dessous. Je revenais de Picville en vélo, et au point culminant de la route en dessus du tunnel, j’arrêtai de pédaler et descendais à grande vitesse, pendant presqu’un kilomètre, jusqu’à l’immeuble Kria.

  • > Le train Sfax-Gabès. , le 17 juillet 2008, par Sabine

    roland et moi avons bien ri en lisant vos aventures ferroviaires

    sacré vivi, il avait déjà des prédispositions pour son futur métier !!!

  • > Le train Sfax-Gabès. , le 17 juillet 2008, par Marcelle

    c’est vraiment trop drôle ces histoires enfantines.

    C’est bien de garder de tels souvenirs et surtout de les mémoriser par une sorte d’anniversaire.

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