Bouna Meïr.

  • Auteur(s) : Camus
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  • Publié le : lundi 16 février 2009

En bref

Une nouvelle
de Camus :

Il avait encore un refrain

A composer

Mais qu’on n’entendra pas

Perdu à jamais.


Bouna Méïr.

Bouna Méïr* est un homme joyeux, aux joues roses, sensible à la musique, aux fables, poèmes, histoires et légendes qu’il raconte à sa famille, tout de suite après leur lecture ou après les avoir écrits durant la sieste des siens. Bouna Méïr, poète et écrivain en dehors de ses occupations artisanales et commerciales, écrit une poésie bien tournée, des nouvelles attrayantes et a abondamment de loisirs encore. Dans chaque conte, il ajoute une maxime qui reste gravée dans la mémoire de ses fils.

Meîr a plus d’une corde à son arc, puisqu’il pratique parfaitement l’équitation. Plus d’une fois, faisant fi à son âge avancé et sa petite taille, il arrive monté sur la croupe de son cheval au galop et tel un jeune jockey, il rattrape un chapeau jeté à même le sol, par un de ses fils. Dans ces cas il est applaudi par l’assemblée de ses voisins en admiration. Bouna Meïr est aimé, apprécié et respecté dans les environs de Moulinville. Il est aussi vénéré par son épouse et ses enfants, car de son époque au début du XXème siècle, le contraire aurait été inconcevable, le chef de famille étant un patriarche honoré.

Bouna Meïr adore sa compagne Méha (Sméha *) et les regards qu’ils échangent en disent long sur leurs sentiments. Ah ! Comme ils sont beaux ces deux tourtereaux centenaires ! La veille du samedi, Bouna Meïr n’oublie pas de chanter la louange de sa femme, avant le Kiddoush * :

Méha est un bijou de rare beauté

Heureuse et souriante

Je prends appui dans le creux de son épaule

Je me blottis dans ses bras doux

Ses valeurs dépassent son pesant de perles *

Mama Sméha et Bouna Meïr vivent 105 et 108 ans respectivement. Mama Sméha quitte ce monde huit jours avant la naissance de son arrière petite fille Myriam. Bouna Meïr survit trois ans de plus. Ses petits enfant se souviennent que Mama Sméha était grande de taille, mais courbée par le harassement et la faiblesse dus à l’âge. Son mari est bien plus petit. La petite Rosette voit un jour la mamie se lever en s’étirant et elle s’écrie :

-  Maman ! Viens voir Grand-mère a grandi. Rosette est attendue chaque jour, après l’école par son papi près de la baraque du marchand de glace. Elle dit à ses camarades :

-  Regardez, grand-père a des nouvelles dents. Papi, montre-nous tes dents. Le centenaire ouvre la bouche s’exécutant à la demande de la petite fille. En fait par un phénomène de la nature, les deux vieux voient leurs cheveux pousser noirs comme l’ébène et leurs dents repousser comme des nouveaux nés. Un jour Meïr veuf depuis trois ans, demande à ses fils de s’assoir auprès de lui plutôt que d’habitude, et leur dit à leur grande surprise :

-  Venez Isthak et Chlomo. J’ai vécu une longue et belle vie. Il serait temps de nous séparer. Notre maison est grande. Vous construirez un mur mitoyen au milieu, juste ici et vous partagerez ainsi équitablement notre domaine entre vous deux. A toi Itshak je lègue mon affaire de bijouterie et à toi Chlomo mon commerce de brocanterie. A chacun selon les compétences qu’il a montrées dans le passé. Sur ma tombe écrivez tout simplement :

Ici git Bouna Meïr

Les deux fils protestent. Meïr demande alors de lui préparer un bon thé à la menthe, bien sucré. Il boit lentement, à petites gorgées et avec un plaisir évident le breuvage bien chaud et doux. Il replace enfin le verre vide sur la table, et avant de poser sa tête sur son coussin et s’endormir... pour toujours, il leur recommande d’acheter du pain entier, des olives noires et des œufs.

Son âme pure quitte son corps et deux anges viennent l’accompagner au septième ciel. La famille éplorée, les amis désolés, les voisins hébétés organisent des funérailles dignes de cet homme de qualité. Ensuite les œufs sont bouillis et servis aux proches, avec le pain et les olives : c’est le 1er repas de deuil, l’aâja comme on le nomme en Tunisie jusqu’à nos jours. Comme épigraphe ses fils font graver sur le marbre ce poème selon H.N. Bialik.

Ici git Bouna Meïr

Décédé à la force de l’âge

Plus que centenaire

Il a tant écrit, récité et conté

Mais il laisse un manque

Son dernier poème

N’a pu être mis en page

Il avait encore un vers

A écrire

Mais qu’on ne lira jamais

Il avait encore un refrain

A composer

Mais qu’on n’entendra pas

Perdu à jamais

Glossaire :

Bouna Méïr* : Père Meyer

Sméha * : Joyeuse

Le Kiddoush * : Bénédiction du pain, du sel et du vin en hommage aux six jours de la création

Leur pesant de perles * : Selon le cantique Ishet Haïel, gloire à la femme, chanté avant le Kiddoush.

  • > Bouna Meïr., le 21 février 2009, par Camus
    Merci les amis, le suite est en route, dans ma tête encore. En hébreu je l’ai déjà écrite. Alors lisez bientôt la suite : " Les deux frères ".
  • > Bouna Meïr., le 18 février 2009, par FREDIB

    Je n’ai pas connu personnellement cet aïeul , mais il me reste de lui , quelques anecdotes ,que je retiens , comme un précieux héritage .

    La première ,m’a été racontée par Meyer son petit fils , donc mon oncle .
    -  Ce n’est pas par hasard qu’il se nommait ainsi , la coutume voulait , que le premier née mâle , porte le nom , du grand-père paternel.

    -  le papi Meyer avait entendu parler d’un nouveau phénomène de technologie , qui émerveillait la nouvelle génération , et il voulait voir ça de plus prêt. Il s’est donc adressé a son petit-fils préféré.

    __ Meyer mon brave garçon ,je voudrai que tu m’emmène au cinéma.
    -  Mon oncle ne refusait rien à son grand-père , qui lui même ne lui a rien refusé quand il était enfant .

    Les voila donc placée a la demande du grand-père dans une des premières rangées.
    -  Le film commence , et on voit la fameuse prise de vue ou une locomotive fonce vers le public .
    -  Mon aïeul ,pris de panique ,s’est blotti contre son petit fils en s’écriant

    __ "Ya oueldi tneckna" (mon garçon nous sommes foutus )

    • > Bouna Meïr., 19 février 2009, par Gisele

      Bonsoir Freddy,

      J’imagine très bien ton aïeul !

      J’ai souvent entendu, et je l’entends encore souvent mon père dire :

      ha ! si mes grands parents revenaient sur terre, ils ne comprendraient plus rien et seraient complètement bouleversés, eux qui n’ont connu que le vélo.

      Je pense qu’eu égard à toutes les technologies nouvelles que eux aussi auraient des frayeurs comme celle de ton aïeul face à la loomotive qui arrive sur l’écran.

  • > Bouna Meïr., le 17 février 2009, par sabine
    j’ai apprécié ta nouvelle et ses personnages attachants je suis contente de ton retour et espère une prochaine oeuvre très bientôt
  • > Bouna Meïr., le 16 février 2009, par Gisele
    C’est une belle histoire ancienne si votre maman vous la racontait lorsque vous étiez petits. Il y a une belle partie de rêve pour les dents et les cheveux car même si on dit qu’en vieillissant on retombe en enfance c’est concernant le mental plutôt que le physique. Comme pour ce couple, longue vie à vous tous et dans des conditions vitales acceptables.
    • > Bouna Meïr., 17 février 2009, par Camus

      Pour les dents, maman parlait de sa grand-maman. J’ai toujours pensé que Père Meïr était grand de taille, mais ma tante Rosette a confirmé le contraire. Elle se rappelle que son grand-père avait récupéré des dents, mais ne savait rien quant à sa grand-mère. Il est vrai que tante Rosette était petite à la mort de sa mamie.

      Je n’ai pas fait de préférences, j’ai offert la dentition et la chevelure aux deux. S’il y a une part de rêve, tant mieux, je ne les ai pas connus et je les ai imaginés, avec l’aide de ma tante. J’ai bien dit qu’il s’agit d’une nouvelle ?

      Ce qui reste, est ce que j’ai écrit et un pilon de bronze, ayant appartenu à mon arrière grand-mère qui est aujourd’hui chez nous, à la disposition de Gisèle.

      Mon arrière grand-mère (1828-1932) tenait ce pilon de sa grand-mère.

  • > Bouna Meïr., le 16 février 2009, par Nathan

    Quelle bonne idée Camus t’est passée par la tète de nous porter une nouvelle de "Gédi Meïr".

    Je me souviens biens qu’étant jeune maman me racontait sur les nouvelles dents et cheveux de grand père "Bouna Meïr ou Gédi Meïr comme elle me le disait.

    Je me rappelle aussi que maman disait qu’après l’âge de cent ans ; la personne voit ses dents reppousser et ses cheveux retrouve leur couleur naturelle. Combien de vrais dans ses paroles ? Je n’en sais pas beaucoup, mais c’était exactement comme tu le décrit que maman me racontait çà.

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    La maison de Bouna Meïr qui fut aussi la notre retrouve sa jeunesse comme son premier propriétaire.

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