Gimont : En route pour TunisIl faut bien que Jeunesse passe, répond-il, très calme. Moi à ta place, j’aurais fais çà un peu plus discrètement. Tu n’as pas trouvé un autre endroit, à part cette echelle ?
En route pour Tunis. 8
Le lait livré, je me dirige vers le bureau du directeur, M. Gall.
— Je m’excuse, dis-je poliment pour les événements de ce matin.
— Il faut bien que Jeunesse se passe, répond-il, très calme. Moi à ta place, j’aurais fait cela un peu plus discrètement. Tu n’as pas trouvé un autre endroit à part cette échelle, pour faire tes galipettes ?
— Ce n’était qu’un baiser innocent. M. et Mm. Gall rient de bon coeur. Un baiser innocent, ce branle-bas ? Ah ! Seigneur, elle est bonne, celle-la.
— Mais tu ne pouvais pas la blairer, me rapelle Mm. Gall. Ce baiser me surprend. Eden est une sauvageonne, une jument sauvage. Et voila l’étalon qui dompte le cow-boy. C’est drôle.
— Tu as raison maman.
— Tu m’appelles maman, c’est gentil ? Remarque la gouvernante très émue.
— Oui, puisque je ne vois plus celle qui m’a enfanté, et que j’ai languie.
— Je crois que tu vas la voir bientôt, si le directeur le permet.
Je ne sais pas si j’entends bien. Est-ce l’émotion qui me joue un tour et me laisse entendre, ce qui n’est pas dit ?
— Maurice nous quitte, me dit M. Gall, et je ne veux pas l’envoyer seul à Sousse. Je te demanderai de me rendre ce petit service de l’accompagner, dit-il avec malice.
Un petit service ? Il sait que je sauterai sur l’occasion.
— Et moi, je vous demanderai un plus grand service, donnez moi une semaine de congé pour voir ma famille.
— Je t’accorde ce congé, répond-il. M. Gall est très paternel avec nous et stricte avec ça, comme un père de famille. Tu sais, c’est aimable d’avoir nommée " maman " la gouvernante.
— Nous sommes tous vos enfants. Nous vous aimons. Une accolade nous unit un moment. Pour effacer le trouble qui nous saisit j’ajoute :
— M. Antoine a demandé une réunion générale, pour ce soir à huit heures.
— Je sais. Je sais. M. Antoine t’aime bien. Ne te fais pas de mauvais sang.
Amberto et Armand m’avouent avoir provoqué le tohu-bohu de ce matin, Armand a mis de la poudre de tabac sur le derrière des vaches et Amberto a monté la mise en scène du grand voltige.
Si vous aviez vu ça mes amis, vous auriez ri jusqu’aux larmes.
Lisette me conseille de me méfier d’Eden et de ses baisers.
— Tu connais la mante religieuse qui croque son mâle, juste après leur union, fait elle remarquer. Nous tenons à ta bonne tête.
Nous rions avant d’entrer à la salle à manger. En route je croise Claudine, elle a la physionomie des mauvais jours. Que se passe-t-il donc ?
A la réunion générale, Claudine mène la bagarre. Je ne lui réponds pas, je refuse de la comprendre, elle n’a plus rien à me vendre. Quelle lunatique, mes amis. Elle m’aime, un peu, beaucoup, énormément, pas du tout. Effeuillons la marguerite... essayez de deviner ses pensées ?
Le soir à la réunion, Claudine ma Claudie, rejette sur moi tout ce qui ne va pas. Tout ce qui se passe est de ma faute. Les incidents de ce matin, sont une malédiction tombée du ciel, du fait de ma présence. Elle crie tellement, que personne ne l’écoute. Heureusement, personne ne rappelle ni Amberto, ni Armand et ils sortent de la réunion blancs comme neige. Quant à moi, j’ai été soutenu par mes nombreux amis, mais les autres participants, il est vrai, ont bien ri.
— Amir est un bon gars, dit enfin M. Antoine et ce matin il t’a aidée...
— Claudine tu piques comme une guèpe ! Comme tu es rude, que se passe-t-il, ton front est tout plissé de rides, dit Mm. Gall. Veux-tu être cohérente ?
Le directeur prend la parole afin de proposer sa conclusion :
— Comme vous n’avez rien à dire, ne le faites pas à haute voix, la séance est donc levée. Je voudrais seulement vous avertir qu’Amir va en Tunisie, pour une huitaine de jours. Il accompagne Maurice qui nous quitte. Bonne chance Maurice et si tu veux revenir, tu seras toujours le bienvenu.
— C’est le comble, remarque Claudie, après tout ce boucan on l’envoie jouer les touristes ? Sur ce elle quitte la salle en claquant la porte, mais qu’importe ?
Claudine est bien nerveuse et querelleuse ! Est-ce la jalousie qui la tenaille ? Amir saura-t-il la calmer ? Amberto et Armand seront-ils encore une fois de bon conseil ? Ou peut-être Lisette ? Le bon air de La Tunisie lui fera-t-il du bien ? Lisez notre épisode : De retour à Sfax.
( A suivre )