Gimont : le baiser d’Eden.Trop tard, les demoiselles se trouvent suspendues au bout de leurs ceintures. Leurs pantalons de travail trop larges, dépourvus de ceintures, tombent sur le sol.
Le baiser d’Eden. 7
Claudine et Eden demandant à travailler à l’étable : Armand en profite pour étudier et réaliser un plan de vengeance : voilà le discours qu’il fait aux deux novices, afin de les initier à leur nouvelles fonctions :
— Les deux vaches du fond, dit-il sont nerveuses, elles ne laissent pas traire, la queue leur démange, il suffit de l’attacher et de la fixer à la poutre en dessus. Si par hasard vous ne trouvez pas de corde, votre ceinture ferait l’affaire, sa boucle s’adhérera aisément au crochet situé plus haut.
Amberto rencontre Armand et lui demande gentiment :
— Ne sois pas trop vache avec elles.
— Je serai très méchant, tel est mon désir, c’est ce que je ressens.
.....
De bon matin je me rend à l’écurie, afin de préparer l’attelage d’Henda la jument blanche. Il n’est permis à part moi, qu’à Armand et Amberto de l’atteler au tombereau, en dehors de M. Antoine. Henda est nerveuse, mais si on l’a prend en douceur, elle est gentille. Comme tous les jours, je vais livrer le lait au hameau voisin, de là il sera transporté à une grande laiterie.
De la fenêtre qui donne à l’étable, je suis le témoin d’une scène bizarre. Claudine et Eden essayent de traire les deux vaches du fond qui ne se laissent pas faire. Pourquoi ? Conchita et Paprika sont pourtant des bêtes dociles. Je décide d’en avoir le cœur net, et me dirige vers elles. Quand j’arrive, je vois les deux filles debout sur leurs tabourets, occupées à accrocher leurs ceintures à des crochets plantés sur une fausse-poutre basse.
— Arrêtez, ne touchez pas à cette barre, crie-je. C’est une tabatière...
Mais trop tard. On tirait cette planche transversale, pour mettre en marche un mécanisme, servant à lever la toiture, une tuile faîtière à des fins de ventilation. Mais mon avertissement arrivant trop tard, les demoiselles se trouvent suspendues au bout de leurs ceintures. Leurs pantalons de travail trop larges, tombent sur le sol.
Je n’ai pas beaucoup de temps à admirer les belles jambes découvertes. J’ouvre une échelle à deux battants, et coure au secours de ces filles. Je descends Claudie qui tremblote, et lui décoche un baiser à bout portant.
— Merci chéri, tu es un vrai homme.
Je me sens dans les nues : elle se rappelle que je suis son chéri !
Je vais aider Eden. Arrivé en haut de l’échelle, je l’a prend à bras le corps et l’installe sur l’un des échelons supérieurs près de moi. Eden est toute émue de son aventure volante, ses yeux brillent. Elle me tient bien fort, me regarde droit dans les yeux et me dit :
— Tu es mon héros. Et elle m’embrasse, à la française, longuement, en haut de l’échelle, mais ce n’est pas exactement un baiser à la française. Les baisers français sont doux et profonds. Celui-là est épicé, fouillant, fourrant, tortillant, énivrant. Un baiser à la Nord-Africaine : piment piquant.
Je me sens tout secoué, mon cœur bat à se rompre, ma poitrine tremble et je sens ses seins se durcir contre moi. Eden c’est un volcan qui se déchaîne, c’est L’Etna à son réveil, le Vésuve en furie et déjà la lave coule brûlante. Mes membres contractés se serrent contre cette créature enflammée aux jambes découvertes serrées en tenailles sur mon corps. J’ai l’impression que l’échelle bouge. Je n’ai jamais fais l’amour à une hauteur de quatre mètres et pour ainsi dire, jusqu’à ce jour, je n’avais eu que très peu d’expérience. Mais l’échelle doit-elle trembler quand on s’embrasse furieusement, avec fougue et que le sang calcine mes veines ?
La réponse à cette question sera sans doute oui, ou bien non, mais dans notre cas, c’est Claudine qui remue notre échafaudage pour nous obliger à descendre. Comme je me plais là-haut, je ne me presse pas. C’est alors q’un seau vide, transformé en projectile passe très prêt de moi. Nous descendons à contre cœur.
— Qu’est ce qui te prend ? Je demande à Claudie ?
— Tu sais ce que tu as fais, devant moi ? Moi, ta Claudie ?
Seigneur, Doux Seigneur, éclairez ma lanterne.
— Claudie, mon trésor, tu m’as préféré Gilles, ton fiancé dont je n’avais pas connaissance, c’est ton droit légitime de choisir l’homme de ta vie. Mais sois franche et décides :
Entre les deux mon coeur balance, Et je ne sais pas lequel aimer des deux. Est-ce à Gilles la préférence ? Et à Amir de faire sa Prière à D-ieu ?
— Gilles viendra demain, et demain mon coeur me dira son choix.
— Soit.
— Et cette scène ?
— Pour être franc, c’était inattendu, et plus fort que moi, mais c’était si beau !
M. Antoine entre et nous presse, pose des questions, n’attend pas les réponses, nous pousse et je crois que tremble sa frimousse.
— Madonna, cette échelle, ce toit ouvert, quel travail. Amir ce soir, je voudrais te parler. A huit heures, le lait n’est pas expédié ? Eden habille toi !
Et ces vaches qui s’énervent. Ma parole. Mais c’est du tabac en poudre, sur le cul des vaches.
C’est pour priser et pas pour faire des farces. Amir ce soir réunion générale, tu as compris ?
— Oui M. Antoine.
— Et moi je t’attend à ton retour, me dit Amberto.
— D’acc...
— Moi aussi, me demande Armand.
— O.K.
— Et moi ce soir, après la réunion, me sourie Eden.
— Promis.
— Et moi avant elle, me crie Claudie. Et elle, non !
— Laissez le partir, ordonne M. Antoine et il a le dernier mot.
Est-ce que la roue a tourné du bon coté pour Amir, grâce à la farce d’Amberto et aux conseils d’Armand de rendre Claudine jalouse ? Lisez notre prochain épisode : " En route pour Tunis ".
( A suivre)