Hammam-Lif d’il y a soixante-dix ansSuite à un message de Syfax sur le forum, voici ma contribution sous forme de deux témoignages complémentaires tirés de mon ancien blog, l’un de M. Tubiana, l’autre de J. Chouchana.
Voici la vie que j’ai connue lorsque j’étais jeune à Hammam-Lif. Cette ville de plage et d’ambiance agréable est favorisée par la fraîcheur de la montagne du Bou Cornine. Les samedis, papa nous faisait faire des excursions matinales, plusieurs familles se joignaient à nous surtout ceux-ci fuyaient la chaleur de la grande ville. En plus c’était la ville du Bey le souverain de la Tunisie. Les soirs, sous un ciel clair et aux étoiles enchanteresses, nous profitions d’une douce fraîcheur qui parvenait de la mer en groupes de petites brises.
Nous allions à la plage pour jouir de ce vent frais du soir. Notre grande famille se composait de tantes, oncles, cousins, cousines, grands-parents et arrière-grands-parents. Elle se joignait aux autres familles la plupart étaient des voisins de la même rue ou des rues limitrophes à notre rue, ils arrivaient lentement à la plage, chaque famille selon sa cadence. La plupart étaient chargés de couvertures, de draps, de Kelims, des Hassiras (des natte sen paille) et des Qartalas (couffins) remplis de victuailles et surtout des gargoulettes d’eau .Certains apportaient des instruments de musique d’autre apportaient de simples appareils qui faisaient de la glace avec du citron et du sucre.
Tout le monde s’adossait à une barrière construite en pierre d’une hauteur d’un enfant, qui séparait la plage de la rue et longeait tout le long de la ville et de la mer. Certaines familles allaient vers La Goulette, d’autres vers La Marsa ou vers Carthage. A Hammam-lif des centaines de familles venant de toutes parts de la Tunisie remplissaient les trains, pour avoir une place dans la ville du Souverain et pour jouir enfin des vacances si longtemps attendues. Chacun selon ses moyens dépensait toutes les réserves accumulées durant l’année.
Nous prenions des couleurs au soleil. Nous nous étalions au bord de la mer. Ce rythme dure depuis des milliers d’années, ces peuples, descendants des Berbères, des Phéniciens, des Grecs, des Romains, des Hébreux, des Vandales, des Arabes, des Italiens, des Maltais et en dernier, des Français,vivent à ses bords et se nourrissent de ses délicieux fruits de mer.
Chaque famille occupait sa place près du mur le long de la plage, dans l’ordre de son arrivée et formait un décor naturel qui ajoutait de l’animation à la plage. Pendant que les parents installaient les places, nous les enfants profitions pour jouer, personne ne nous introduisait. Le fait que nous étions là suffisait pour aussitôt nous entendre, il n’y avait pas de différence entre Juifs ou Musulman, il y avait le respect entre nous tous.
Quand les femmes sortaient les provisions, nous interrompions notre jeux pour nous joindre et partager ensemble notre premier goûter à l’air pur. Parmi les grandes personnes il y avait ceux qui s’allongeaient, ceux qui profitaient pour prendre un bain et ceux qui bavardaient. Maurice le cousin de ma mère accordait son luth sous le regard curieux des passants et des marchands ambulants.
A la plage des amitiés se nouaient durant les vacances. Les jeunes célibataires trouvaient leur compagne, les filles sortaient leurs meilleures toilettes pour plaire aux jeunes gens. C’était une occasion de faire des nouvelles connaissances et en maillot de bain l’attraction entre les jeunes devenait plus rapide. Les plages offraient des occasions merveilleuses pour de telles rencontres.
M Tubiana

" L’Avenue principale " que l’on aperçoit avec au fond le Casino, est bordée, de part et d’autre, de magnifique palmiers.
C’était, autour des années 50, notre lieu de promenade et de rencontre le Weekend.
Nous étions par rang de trois, quatre, cinq ou plus à arpenter cette avenue, de la gare au Rond point, et pour les plus courageux, de la gare au casino.
Ce parcourt se faisait avec la nonchalance due à ce pays ou on laissait souvent le temps au temps.
Il y avait le groupe " descendant ", et le groupe " montant ", et instinctivement chacun tenait la droite de la chaussée.
Oui nous occupions la chaussée car, heureusement, les véhicules n’avaient pas encore à cette époque, envahi les routes.
Donc ces groupes papotaient de toutes les discussions possibles que l’on peut imaginer selon les âges. Au cours de nos pas, il nous arrivait de passer d’un groupe à l’autre, ou encore d’une colonne montante à une colonne descendante, au grès des rencontres.
C’était "Notre Avenue", l’Avenue principale avec un grand "A".
Nous n’avions pas besoin de nous fixer rendez-vous car on savait qu’on y retrouverait pratiquement tous les amis, et les amis des amis.
Si vous aviez un jour fait partie de ce parcours, racontez-nous, les souvenirs que vous en avez conservé.
Joseph Chouchana
Il existe dans notre parcours des endroits plus ou moins chargés les uns que les autres : Pour moi, Hammam Lif en est un que je ne peux évoquer ou en entendre parler sans être agréablement chatouillé par quelques souvenirs qui prennent souvent forme de rêves !
j’ai connu Hammam Lif d’abord à l’occasion de mes nombreux déplacement entre Tunis et Sfax : souvent on s’y arrêtait pour prendre un café ou une glace et continuer notre chemin.
je l’ai connue davantage grâce au nombre d’amis hammam lifois que je me suis fait durant une tranche de vie de 40 ans environ,passée dans la région de Tunis.
je n’oublierai pas cette belle hammam lifoise, brune et douce, à la voix berçante qui fut une amie de jeunesse quand j’ai fait mes premiers pas dans la capitale.
je n’oublierai pas non plus les soirées féeriques à Saint-germain, (devenue "Ezzahra") belle ville voisine de Hammam Lif.
Merci Daniel-René Pour cet article et ces témoignages.
Mon premier commentaire n’est pas passé à priori.
Donc je reformule.
L’entente des familles se retrouvant sur le mur bordant la plage entretienne l’amitié de tous y compris celle des enfants.
Merci Daniel, ces écrits doivent être conservés pour les descendants
Récits pleins de fraîcheur, de cette belle ville, Hammam-Lif, vue par deux témoins qui y ont habité et exposent leurs souvenirs datant de soixante dix ans.
Merci à Daniel-René de nous avoir ouvert une fenêtre sur le site de son enfance. Ces textes sont comme une petite brise, venant de la mer, avec les vagues mousseuses, baignant nos pieds nus.