Hemhem, Zemzem et la Chatte Cendrée.

  • Auteur(s) : Camus
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  • Publié le : lundi 1er août 2005

En bref

Qui n’a pas entendu ce conte de la bouche de sa maman ? Une chèvre avait trois chevreaux : Hemhem, Zemzem et la Chatte Cendrée, ainsi surnommée, a cause de la couleur de son poil, rappelant la cendre.

Le titre original de ce conte est : Hemhem, Zemzem ou Catoussat Ermadi.


Les chevreaux sont le plat de la ghoula. - 6.8 ko

Les chevreaux sont le plat de la ghoula.

Qui n’a pas entendu ce conte de la bouche de sa maman ? Une chèvre avait trois chevreaux : Hemhem, Zemzem et la Chatte Cendrée, ainsi surnommée, a cause de la couleur de son poil, rappelant la cendre.

Tous les matins, en sortant de la maison, la chèvre recommandait à ses petits, de fermer le verrou et de n’ouvrir a personne. Tous les soirs elle revenait et demandait en chantant, à ses biquets :

Ouvrez, ouvrez moi mes petits,

Nous allons dîner de bon appétit.

Et elle frappait sur la porte, en fredonnant :

J’apporte dans mes mamelles du lait,

Des sacs d’herbe sur mon dos sont attachés,

Et dans mes cornes de l’eau de la source puisée.

Alors, les cabris tiraient les verrous, couraient à leur maman, plein de joie.

Or une ghoula (a) habitant le quartier, remarqua les habitudes de la chèvre, espionna son manège, et apprit par cœur les paroles chantées par la chèvre mère, et marqua son horaire d’arrivée.

Un soir la ghoula imitant la maman appela les chevreaux en chantant :

Ouvrez, ouvrez moi mes petits,

Nous allons dîner de bon appétit.

Et elle frappa sur la porte, en fredonnant :

J’apporte dans mes mamelles du lait,

Des sacs d’herbe sur mon dos sont attachés,

Et dans mes cornes de l’eau, de la source puisée.

Hemhem et Zemzem voulurent ouvrir en courrant, mais la toute petite, ne reconnaissant pas la voix essaya de les retenir. Ils ne l’écoutèrent point, la traitant de petite chevrette effrayée, ils tirèrent le verrou.

La Chatte Cendrée, apeurée sauta sur une haute étagère, tandis que la ghoula entrait dans la maison et elle avala d’un coup les deux malheureux cabris. La ghoula se posta devant la petit chèvre, mais craignant ses cornes prêtes a cogner, elle s’assit a table et pas encore rassasiée elle mangea encore un grand plat d’assida (b), bien assaisonnée d’ail et de piments, avec une belle sauce épaisse garnie de hareng fumé.

Ensuite elle sortit du logis. Peu de temps après, la chèvre revenant a sa demeure, demanda joyeusement de lui ouvrir, en chantant :

Ouvrez, ouvrez moi mes petits,

Nous allons dîner de bon appétit.

Et elle frappa sur la porte, en fredonnant :

J’apporte dans mes mamelles du lait,

Des sacs d’herbe sur mon dos sont attachés,

Et dans mes cornes de l’eau, de la source puisée.

La Chatte Cendrée, reconnaissant le timbre de la voix de sa maman, tira le verrou et ouvrit les portes. Elle raconta à sa mère, ce qui s’est passée auparavant. La chèvre ne perdant pas de temps, aiguisa ses cornes et sautant sur la terrasse voisine tapa de ses pattes sur le toit. On lui demanda :

Qui est sur ma chambre et réveille ma colère ?

Trouble mon repos et celui de ma belle mère ?

Et dans mon dîner, fait tomber de la poussière ?

La chèvre répondit :

Celui qui a mangé mes petits,

Je le combattrais sans répit.

En duel, je le convoque,

Je le tues, pas d’équivoque !

On lui répliqua :

Je ne suis que Cot-Cot la poulette,

Je me nourris de graines et de miettes.

Je ne mange pas la viande de chevrettes.

La chèvre, s’en alla et sur autre toit de ses pieds frappa. On lui demanda :

Qui est sur ma chambre et réveille ma colère ?

Trouble mon repos et celui de ma belle mère ?

Et dans mon dîner, fait tomber de la poussière ?

La chèvre répondit :

Celui qui a mangé mes petits,

Je le combattrais sans répit.

En duel, je le convoque,

Je le tues, pas d’équivoque !

On lui répliqua :

Je suis le Bébé, la jeune brebis,

D’herbe et de feuilles me nourris.

Je ne mange pas de viande, mon amie.

La chèvre alla de toit en toit et se trouva au dessus de la maisonnette de l’ânesse, de la vache et de la jument, aucune d’elles n’étant carnivore, elles étaient en dehors de tout soupçon.

Enfin elle se trouva sur le toit de la ghoula. Elle tapa de ses pattes. On lui demanda :

Qui est sur ma chambre et réveille ma colère ?

Trouble mon repos et celui de ma belle mère ?

Et dans mon dîner, fait tomber de la poussière ?

La chèvre répondit :

Celui qui a mangé mes petits,

Je le combattrais sans répit.

En duel, je le convoque,

Je le tues, pas d’équivoque !

On lui répliqua :

Je suis la ghoula, que tout le monde redoute.

J’ai mangé Hemhem et Zemzem, pas de doute !

Si tu veux rencontrer tes petits, tout de suite,

Descends que je t’écorche et te mange vite.

La chèvre sauta dans la cour de la ghoula, la douleur et le malheur décuplant ses forces, elle attaqua la ghoula alourdie par son riche festin. De sa corne aiguisée, elle lui ouvrit le ventre, de bas en haut. Hemhem et Zemzem en sortirent et sautant a terre, ils dansèrent et chantèrent :

Nous avons mangé l’assida bien piquante

Dans une grande quaça’a (c), si abondante,

Dans le ventre de la ghoula qui est agonisante.

Leur maman leur fit des remontrances :

— Ouvrirez vous les portes sans prendre des précautions ? Puis elle les emmena à la maison.

Glossaire : (a) La ghoula, au masculin ghoul, et au pluriel ghoual. Les ghoual sont des démons qui prennent des apparences humaines. Ils errent dans les campagnes et se nourrissent de chair humaine ou animale. Ils sont capables de jeûner longtemps, jusqu’à trouver une nourriture disponible. Quand la faim les tenaille, ils se contentent de manger des cadavres d’animaux et même, humains qu’ils cherchent dans les cimetières. (Vous n’êtes pas obligés de croire, mais les enfants en Tunisie y croyaient, jusqu’à l’age de 11 ans.)

(b) L’assida. Bouillie dense de semoule de blé, servie arrosée d’une sauce piquante, salée ou sucrée, selon les besoins.

(c) La quaça’a. Grande cuvette de bois, ou l’on prépare le couscous et qui sert aussi à servir la nourriture a la famille qui mange autour.

Ecrit par Camus Igal Bouhnik, d’après : Contes et légendes de Ghzala.

  • > Hemhem, Zemzem et la Chatte Cendrée., le 6 juillet 2007, par Daniel-René

    MERCI mon cher CAMUS,

    Quelle bonne idée de nous

    Grace à cette publication, j’ai revu en rêve (eveillé) ma pauvre mère qui nous racontait cette histoire, que j’avais presque oubliée. Elle se déguisait parfois pour nous jouer les différents rôles.

    Et puis la France, la télévision et hélas, la mort des parents ont mis fin à cette tradition orale.

    Elle nous le disait en judéo-arabe, plus ou moins traduit. D’où ma joie de lire ici une version complète.

    Je ne me souviens que de quelques bribes. Voilà ce que j’entendais Yaa oulideti, oulideeeti, El ahlib fil bjijeeeetni, ou el....me rapelle pas..... Hamham. Jemjem, ou Katestermadi !

    Ce serait merveilleux de trouver une version originale (en alphabet romain), je n’ai rien trouvé sur le net.

    En tous cas merci encore, c’est un héritage culturel, et sentimental, inestimable.

  • > Hemhem, Zemzem et la Chatte Cendrée., le 2 août 2005, par Abraham
    HAZAQ YE GHOUL.........
    • > Hemhem, Zemzem et la Chatte Cendrée., 3 août 2005, par Camus
      Je crois qu’ils n’aiment pas les chevres le Tunes. La prochaine fois je prend une bagra et un hmar.

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