L’Histoire des juifs de Tunisie.

  • Auteur(s) : Annibal
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  • Publié le : vendredi 6 février 2004

En bref

Nous allons essayer de savoir et de comprendre l’origine de l’installation des juifs en Tunisie.


Un avant-goût des prochains articles.

Nous allons essayer de savoir et de comprendre l’origine de l’installation des juifs en Tunisie.
Si nous suivons le raisonnement des historiens, elle devrait se situer aux alentours du 8ème siècle avant Jésus Christ.
Nous développerons, avec votre aide que j’espère fructueuse, les différentes étapes de leur installation, leur mode de vie, dans les principales régions de la Tunisie, dans les villes les plus reculées ; la façon de se vêtir, de manger et pourquoi pas, leur « langue. »
Les anecdotes, histoires, sont les bienvenues.
N’hésitez pas à enrichir cette section, pour le bien de tous et de l’histoire de notre pays.

L’histoire des juifs de la Tunisie pré-musulmane est obscure et complexe.
La très grande antiquité de leur colonisation peut être considérée comme établie.
La découverte à la fin du 19ème siècle, des vestiges de la fastueuse synagogue de Hammam-Lif, a donné la preuve archéologique de leur prospérité au cours de la période romaine.
On sait qu’un certain nombre d’entre eux y avaient été déportés par Titus après les événements de 70, et que la diaspora devait par la suite y faire affluer de nouveaux apports.
Mais les déportés et les immigrés de la diaspora ne s’étaient pas trouvés en pays tout à fait étranger.
Carthage abritait déjà une forte colonie juive qui y jouait un rôle important.
Il semble bien que dès la haute antiquité, les colonies juives se soient livrées à un prosélytisme très actif, dont l’histoire atteste les effets, puisque la puissance de l’expansion islamique elle-même ne parviendra pas à détruire toute trace des anciennes croyances judaïques chez les nombreuses tribus berbères.
Quelle que soit l’origine réelle des juifs de Tunisie, on ne peut manquer d’être frappé par l’importance de l’élément berbère, dans l’étude de leurs noms propres.

  • > L’Histoire des juifs de Tunisie., le 18 mai 2004

    Merci Hannibal pour toutes ces infos. J’aurais une question concernant les émeutes anti-juives en Algérie. Etant fils de Pieds-Noir Espagnol (chrétien), j’ai toujours connu un mélange entre les Pieds-Noirs de toutes origines, Espagnols, Juifs, Alsaciens, Maltais, Italiens. Aurais-tu des sources et des détails sur ces faits ?

    Merci,

    Rodoric

  • > L’Histoire des juifs de Tunisie., le 10 février 2004, par Annibal
    C’est le noyau de l’expansion juive à travers la ville.
    Cette expansion, qui n’a pris toute son ampleur qu’au cours du XXe siècle, s’est faite d’abord vers les anciens faubourgs, substituant progressivement les éléments les plus favorisés de la colonie juive aux éléments les plus misérables de la population européenne.
    C’est ainsi que le quartier le plus anciennement conquis à partir de la h’ara est celui qu’occupaient auparavant les « Franz », l’élément le plus méprisé et le plus déshérité de la communauté chrétienne établie à partir des Hafsides.
    C’est la zone limitrophe de la h’ara dont elle est séparée par la grande voie qui va de Bab el Bah’r à la place Bab Souika.
    La séparation est moins nette entre ce quartier et la médina qui enfonce des pointes assez profondes au Sud et la ville française, laquelle ne s’en dégage qu’insensiblement à partir de l’angle de l’avenue de Londres-avenue Habib Tameur.
    C’est donc le quartier dont les composantes sont les plus diverses.
    L’élément juif n’y domine nettement que dans les rues les plus proches de la h’ara.
    Ailleurs il cohabite avec les Musulmans aux abords de la Médina, des Européens un peu partout.
    Mais ce qui caractérise le quartier, ce sont les enclaves européennes anciennes au milieu de groupes indigènes relativement homogènes.
    Ainsi les fondouks qui y abondent sont le plus souvent habités par des Italiens ou des Maltais.
    Les Juifs y sont représentés par quelques éléments, qui se font de plus en plus rares ; de la plus ancienne bourgeoisie, mais surtout par les classes moyennes et les couches les plus basses de ces classes, employés, petits commerçants, artisans, petits fonctionnaires attachés à la communauté.
    La tradition religieuse y est représentée avec le maximum de pureté parmi les générations les plus âgées.
    Les jeunes, dont la plupart ont été éduqués dans les écoles de l’Alliance israélite, sans s’en être détachés totalement, font preuve d’une certaine liberté vis-à-vis des pratiques du culte.
    Les synagogues y sont presque aussi nombreuses que dans la h’ara, établies le plus souvent dans des demeures privées, ce qui dénonce le caractère récent du quartier.
    Une troisième zone, en pleine expansion celle-ci, constitue un empiètement avec enclaves sur les quartiers de la ville française les moins récents.
    La population juive y est abondante surtout dans le triangle constitué par l’avenue de Londres, l’avenue de Paris et la rue Bab-el-Khadra.
    Mais, débordant l’avenue de Paris qui constitue le grand axe de la ville française et qui fut longtemps une limite infranchissable, elle s’est étendue dans le nouveau quartier La Fayette, où se trouve la grande synagogue de Tunis, achevée après la guerre.
    Conquête très récente dans l’ensemble, le quartier étant lui-même relativement récent et datant à peine d’une génération.
    C’est naturellement la fraction la plus élevée socialement, et la plus assimilée à la culture française, souvent d’origine livournaise, qui a pu s’y implanter.
    Cette fraction, a en grande partie, abandonné l’arabe comme langue maternelle.
  • > L’Histoire des juifs de Tunisie., le 8 février 2004
    d abord merci Annibal,pour cette vaste information..chacun de tes textes me remplie d interet et je decouvre a chaque fois ,un detail,une origine..que ej ne connaissais pas...yatic sarhah et continue !!! Dis moi Abraham ?ton article ou tu mas tue de rire sur les granas ?mdr la jude ,bien que ej sois gueurnillai des 2 cotes..livournaise (et oui mon cher...lol) je l ai pris au premier degre et je suis morte de rire..alors dis moi ces...BO.....chez qui il fleurait bon la lavande....ne serait ce pas des gens au meme patronyme que moi.... ???????????oui tres cher je me nomme judith BO.....va savoir ???Mias attend tu triches un peu la...si c est vrai que nos armoires avaient leurs petits sachets de l avandes et ma mere un parfum de chez caron ou Ricci..il me smeble qu a mes narines remonte ..un parfum de akoud,de pkaila..et de quelques manicottis...non ?allez ....les granas pas si snobinards que ca ?hein ?????????lol judith
  • > L’Histoire des juifs de Tunisie., le 8 février 2004, par Abraham

    En effet Annibal, On peut même parler de caste, car comme tu les décrits si bien, LES GRANAS, ne se melaient jamais aux TWENSSA, de la hara, il y avait là une sorte de discrimination de ’standing’ , un peu comme les juifs pollaks et les sépharades au début à Paris.

    Il leur a fallu plus d’une génèration entière pour voir disparaitre peu à peu cet ostracisme.

    J’avais des voisins Grhènè et je ne comprenais pas leur attitude envers nous. Ils vivaient en vase clos et rares étaient acceptès chez eux des non-granèhs. Ce n’est que bien plus tard, une fois les enfants devenus grands que mes amis-voisins- par la suite, ont brisè la glace faute de s’integrer à des amis ’grénèh’ comme eux. Ils n’avaient pas le choix donc ce mélange entre nous, forcè pour eux, a fini par porter ses fruits, puisqu’ils ont épousè par la force des choses des filles de TWENSSA.

    Pour les tombes, ils ne s’adressaient jamais à un marbrier tounsi mais bien à un des leurs. Et pour les montèes au Borgel elles se faisaient le Dimanche ; même les prières étaient faites selon leurs rites. Tout était différent.

    Les granahs étaient aussi des gens de culture, musicophones, tutu et chichi, pleins de savoir vivre, mais pas assez de tolèrants.

    Pour conclure, quand je rentrais chez les Bo...On sentait la lavande, chez nous c’était l’odeur de la gnouiyè qui remplissait l’air, sans doute que leurs ragouts étaient assaissonnès de parfum exquis, yè lahdiyè...Même leur haleine sentait le DIOR, et nous le ME WARD, et quant ils ’guémssaient’( pétaient) , c’était du CACHAREL, et nous l’odeur des féves....lol...

  • > L’Histoire des juifs de Tunisie., le 6 février 2004, par Annibal
    La carte de la répartition de la population juive de Tunis, offre des traits remarquables.
    Les délimitations des zones de densité, non seulement coïncident avec de nettes frontières sociales, mais aussi dessinent clairement l’histoire de l’expansion juive à travers la ville.
    Elle découpe, dans le plan de la ville, un rectangle qui s’étend dans sa plus grande dimension, des abords du lac de Tunis à l’est, au quartier administratifs de la Kasbah, à l’ouest ; il est limité nettement au Sud par l’avenue Bourguiba et au Nord, d’une manière beaucoup plus lâche, par une ligne qui joindrait la mosquée de Sidi Mahrez à l’extrémité de l’ancien cimetière israélite.
    C’est dans la partie de la ville, ainsi délimitée, que se trouve, la presque totalité de la population juive de Tunis.
    Les frontières intérieures sont nettement marquées.
    La partie nord-ouest, accolée à la médina, constitue la H’ara proprement dite.
    Les légendes qui concernent la fondation de ce quartier sont diverses.
    La plus généralement répandue parmi les musulmans, est celle qui l’attribue à Sidi Mahrez en personne.
    Il en aurait fixé l’emplacement en jetant son bâton du haut de la mosquée, qui porte son nom.
    Egalement on attribuerait cette dénomination aux quatre rabbins chassés de la ville, par des troubles anti-juifs.
    Le parler connaît pour h’ara un sens "quatre", lorsqu’il s’agit d’objets qui se vendent par quatre.
    La désignation d’un endroit par jet de bâton n’est pas inconnue en Tunisie.
    C’était encore la coutume, parmi la population juive de déterminer de cette façon, l’endroit où peut être enterré le corps d’un suicidé.
    Par ailleurs, la situation du quartier juif par rapport à la mosquée de Sidi Mahrez, peut être invoquée en faveur de la légende.
    La grande difficulté est d’ordre chronologique.
    Sidi Mahrez a vécu au Xe siècle.
    Quoi qu’il faille penser de la légende, elle ne doit pas nous masquer un fait incontestable, le quartier appelé la H’ara, est, au moins, en grande partie, une portion dégradée de la ville musulmane.
    Certaines de ses voies portent encore quelques-uns des très rares noms de rues ou de places que la littérature ancienne nous a transmis.
    Ainsi, nous ne pouvons avoir aucun doute, que la petite place, à laquelle conduit en plein cœur du quartier juif, la rue Sidi Mardoum, occupe au moins une partie de l’ancienne "Bath’a Ibn Mardoum", l’une des places publiques de la médina hafside.
    De même, la rue Sidi bou Ah’did, qui pénètre fort avant dans le quartier, était une voie importante de l’ancienne ville musulmane.
    La h’ara est sans aucun doute le quartier le plus misérable de la ville.
    Il s’y entasse, à raison de 2 ou 3 habitants au m2 de surface bâtie, un sous-prolétariat qui constitue près du tiers de la population juive de Tunis, auquel viennent se joindre, sans arrêt, d’autres immigrants de l’intérieur.
    Les traditions religieuses, fortement enracinées, sont chez cette population, d’un niveau culturel très bas, relativement détachées du culte de la synagogue, et sérieusement adultérés par des superstitions et des pratiques syncrétistes.
    Le culte des Rav en particulier, et dans une certaine mesure la croyance des "jnoun", y ont pour conséquence, des activités et des attitudes caractéristiques.
  • > L’Histoire des juifs de Tunisie., le 26 janvier 2004, par Annibal

    L’état actuel permet peut-être de s’en faire une idée.
    Parmi les Grana, les uns parlent exclusivement l’arabe, et leur langage ne se distingue pratiquement en rien de celui de Twansa. D’autres parlent l’italien, soit exclusivement, soit conjointement à l’arabe ou au français ou aux deux.
    L’Italien parlé par les Grana, ne ressemble pas au dialecte méridional parlé par la grande majorité des Italiens de Tunis.
    Aucun contact particulier n’existe d’ailleurs entre les deux groupes.
    Cette connaissance de l’italien ne peut pas être attribuée à l’école (il y avait jusqu’à la dernière guerre, des écoles primaires Italiennes très florissantes, à Tunis), car de vieilles personnes complètement illettrées, la possèdent.
    C’est bien donc une survivance des immigrations les plus récentes.
    Par contre, l’espagnol n’est plus guère usité par les Granas, que dans certaines activités cultuelles.
    Il faut donc penser que les Livournais arrivés à Tunis au XVIIe siècle, s’ils pouvaient posséder une littérature d’expression hispanique, devaient être, eux-mêmes, de langue italienne.
    On peut donc supposer, avec une certaine vraisemblance, qu’à l’époque de leur arrivée, les juifs d’origine espagnole, s’étaient assimilés linguistiquement, à leurs coreligionnaires indigènes.
    Peut-être certains d’entre eux, adoptèrent-ils par la suite l’Italien, sous l’effet du prestige des nouveaux arrivants.
    En tous cas l’italien est la seule langue qui puisse caractériser aujourd’hui les membres de la communauté des Grana.
    L’étude du parler arabe des juifs de Tunis, peut dans une certaine mesure, confirmer cette hypothèse.
    Ces récents apports italiens, sont les derniers qui aient contribué de manière importante, à la formation ethnique de la colonie juive de Tunis.
    Pendant toute la période du Protectorat, une tendance à s’assimiler culturellement aux Français, a prévalu dans une certaine partie de la population.
    Mais cette assimilation ne s’est traduite par aucune nouvelle rupture de l’équilibre ethnique.
    Cet équilibre, se caractérise par une fusion avancée des Twansa et des Grana, des couches inférieures de la population.
    Au sein de la très haute bourgeoisie, la frontière tend aussi à s’effacer, bien que lentement.
    Par contre, elle demeure très visible parmi les classes moyennes où les Grana ont conservé un certain sentiment de supériorité.
    Il faut bien se mettre à l’esprit que, jusqu’à une date assez récente, les Granas ne se mélangeaient pas aux Twansa ; ils s’épousaient entre personnes de même communauté, ils avaient un cimetière bien distinct de celui des Twansa.
    Au début du XXe siècle, la tenue européenne portée par les Grana était appelée « Tenue à l’italienne. »
    Dans mon voisinage, j’ai connu beaucoup de Grana qui ne parlaient qu’italien à la maison et qui avaient choisi, comme deuxième langue, au Lycée, l’italien, avant l’anglais.

    Je m’adresse particulièrement à ceux qui ont connu de telles situations, pour nous relater des événements typiquement démonstratifs.
    Notre ami Abraham, avait des voisins, les B....., il a certainement des anecdotes les concernant.

  • > L’Histoire des juifs de Tunisie., le 25 janvier 2004, par Annibal
    Quoi qu’il en soit, depuis les Almohades, la ville était interdite aux Juifs comme aux Chrétiens.
    Ceux-ci obtinrent, sous les Hafsides, le droit de vivre et d’entreposer leurs marchandises dans des foundouqs situés dans les faubourgs, en dehors des portes.
    Les juifs purent avoir le leur, qui semble avoir été situé près de Bab el Bahr - Porte de la mer - (Sous le régime du Protectorat : Porte de France), aux abords du lac de Tunis.
    D’après le témoignage de Léon l’Africain, un tel foundouq pouvait abriter une quarantaine de personnes.
    En fait, il semble bien que celui des juifs ; ne servait que d’hôtellerie : Leur colonie, que le déclin de Kairouan rendait de plus en plus importante, devait être installée à un kilomètre des murailles, dans le petit village de Melassine, appelé de son temps « Ville des juifs. »
    C’est à cette époque que l’on a voulu placer l’intervention de Sidi Mahrez.
    Il a été indiqué plus haut, que c’était par suite d’une erreur historique.
    Quoi qu’il en soit, au XIIIe siècle, les allusions aux juifs de Tunis se font plus nombreuses et plus sures/
    Il s semblent avoir retrouvé, sous les souverains Hafsides, soucieux du développement économique de leurs états, des conditions de vie favorables.
    Tunis devient même dès cette époque, un lieu de refuge pour les persécutés, et il semble bien avoir connu une immigration de juifs siciliens expulsés de leur pays.
    Cette situation favorable ne devait cesser que dans la seconde moitié du XIIIe siècle, sous le règne du Hafside Âbdallah Moustâmir Billah, dont l’hostilité aux infidèles, fut exaspérée par le mouvement des croisades.
    Les persécutions s’abattirent alors sur les juifs et les chrétiens.
    Elles ne durent pas se prolonger assez longtemps, pour empêcher que Tunis pût encore, dès la fin du XIVe siècle, offrir un refuge aux juifs persécutés de la péninsule ibérique.
    Ceux-ci allaient fournir avec des Castillans, mais surtout des Catalans et des Majorquins, le fond de la communauté des granas, dite de « rite portugais », et qui encore aujourd’hui se distingue avec netteté, au moins dans certaines de ses couches, de la commu-nauté d’origine indigène.
    La colonie juive de Tunis s’enrichit, au cours de son histoire, d’une série d’immigrations européennes qui jouèrent un rôle impor-tant dans son développement.
    Il faut souligner en particulier celle qui fit suite à l’expulsion, par Ferdinand le catholique, des juifs qui résidaient dans ses Etats (1492.)
    Son influence fut considérable sur deux plans.
    Renforçant les éléments d’origine occidentale dont elle faisait revivre plus nettement les particularités, elle devait contribuer d’une manière décisive, à la formation au XVIe siècle, d’une communauté à part, prémisse d’une scission ultérieure.
    En second lieu, son apport à la culture de la colonie, fut inestimable, puisque la ville, que la lettre attribuée à Maimonide, plaçait parmi celles dont les communautés juives étaient les plus barbares et les plus ignorantes de son temps, devenait dans les siècles sui-vants « la grande ville de savants et d’auteurs. »
    Une autre immigration a joué un rôle notable dans l’histoire des juifs de Tunis : celle des juifs napolitains expulsés en 1745.
    Elle avait été précédée, durant le XVIIe siècle, de nombreuses petites vagues de juifs italiens, principalement de Livourne et d’Ancône.
    Ces juifs étaient eux-mêmes originaires d’Espagne et du Portugal, et avaient conservé assez leurs anciennes traditions, pour pou-voir sans difficultés, s’intégrer à la communauté espagnole, déjà installée dans la ville.
    Mais l’arrivée de ces européens au XVIIe siècle, porteurs d’une culture avancée, au sein d’une colonie juive, dont une partie au moins était encore à un stade culturel très bas, contribua à accuser davantage encore les différences qui existaient entre les indigènes et les anciens immigrés, plus avancés qu’eux.
    Il en résulta en 1710 une scission qui ne prit fin qu’une trentaine d’années plus tard, en 1741, par une convention qui, tout en avan-tageant les juifs indigènes, reconnaissait une autonomie très poussée à la communauté des granas.
    Les différences étaient, et demeurent encore, d’ordre cultuel.
    Les juifs indigènes avaient en propre un certain nombre de rites qu’on ne retrouve d’ailleurs pas dans le reste du Maghreb.
    (Prenons pour exemple les piyoutim, qui sont des poèmes sacrés, d’origine judéo-tunisienne, qui ont acquis dans la liturgie juive de Tunis, un statut privilégié, et qui donnent à cette liturgie, un aspect propre. Ces poèmes témoignent dans leur composition aussi bien que dans les airs, sur lesquels ils sont chantés, d’une influence arabe.)
    N.B. Je me souviens que certains de ces poèmes étaient chantés sur des airs de chansons de Mohamed Abdel Wahab ou bien de Farid et Attrache.
    D’un autre côté, elles portaient sur le vêtement, puisque pendant longtemps Twansas (Tunisois) et Grana (Livournais), se sont eux-mêmes distingués par les désignations vestimentaires.
    Les uns portaient une calotte noire et s’habillaient à l’orientale, les autres portaient un chapeau et étaient habillés comme des euro-péens.
    Mais quelle pouvait être la situation du point de vue linguistique ?
    Quelle langue parlaient les granas, et parlaient-ils la même langue ?
  • > L’Histoire des juifs de Tunisie., le 23 janvier 2004, par Annibal

    Il demeure cependant que la documentation sur ces origines est pratiquement inexistante.
    Et si la question possède déjà toute une petite littérature, on l’a malheureusement obscurcie en y greffant celle des origines de la population berbère elle-même, et elle est loin d’être résolue.
    Pour l’histoire ultérieure, celle de la période islamique qui nous intéresse beaucoup plus directement, nous admettrons simplement, avec la caution de l’historien qui lui a consacré l’étude la plus précise, " qu’au Moyen Âge des groupes berbères judaïsants y coexistaient et avaient, en partie, fusionné avec des colonies juives venues d’orient."
    (Brunschwig, Berbérie, p. 396.)
    La fortune de Tunis comme grande ville et capitale de toute la Berbérie orientale avant de devenir celle de la Tunisie moderne, est liée au règne des Hafsides ( En fait, elle prit rang de capitale, sous l’almohade ‘Äbdel al Moumine qui, après avoir chassé les Normands, y avait laissé un gouverneur (1160) Mais jusqu’aux premiers Hafsides, les troubles incessants entravèrent son développement.)
    Elle n’avait été au début qu’une bourgade dépendant de Kairouan, qui ne lui céda la prééminence que vers le milieu du XIe siècle.
    Le rôle des juifs de Kairouan a été important dans l’histoire de la Tunisie ; ils furent pour une part non négligeable dans cet éclat intellectuel qui avait fait de la ville la métropole culturelle de Maghreb.
    Leur colonie y demeura florissante jusqu’au XIIIe siècle ; les persécutions et les conversions forcées de ‘Âbdallah Musta’mir Billah (1247-1275), devaient l’anéantir rapidement.
    Ultérieurement, l’accès même de Kairouan comme celui de Hammamet leur fut interdit et l’hypothèse a été émise que l’interdiction visait en tout premier lieu, à trancher radicalement les liens qui pouvaient encore unir les juifs convertis à leurs anciens coreligionnaires.
    Ce qui mérite d’être noté ; en tous cas, c’est que des voyageurs européens du siècle dernier ont relevé chez certains musulmans de Kairouan, des traditions et des coutumes qui semblent orienter vers des sources juives.
    Le sort des juifs de Kairouan intéresse de la manière la plus directe l’histoire de la colonie juive de Tunis, qui semble bien en avoir été la principale héritière.
    La première allusion aux juifs de Tunis, que les historiens aient relevée, a trait aux persécutions almohades.
    La colonie tunisoise est citée parmi celles qui ont souffert, dans la fameuse élégie d’Ibn ‘Ezra.
    La mention serait-elle donc contemporaine des événements ?
    On sait bien aujourd’hui, qu’elle est contenue dans les additions postérieures à l’élégie proprement dite.
    Ces additions d’origine maghrébine, sont elles-mêmes fort anciennes.
    Elles ne peuvent cependant pas porter témoignage sur le XIIe siècle.
    Deux autres arguments peuvent être invoqués en faveur d’une présence aussi ancienne, dans une agglomération qui n’était pas encore, tant s’en faut, une grande ville commerçante.
    D’abord, l’existence d’une lettre de Maimonide à son fils concernant les juifs entre Tunis et Alexandrie.
    Si cette lettre est authentique, on pourrait en faire remonter la date jusqu’en 1165, au cours du premier voyage de Maimonide.
    Malheureusement, rien de probant n’a été produit en faveur de son authenticité.
    Et par ailleurs, la lettre porte en fait sur les juifs de Djerba, que l’auteur a vus et généralise à tout le Maghreb.
    Il se peut que Tunis ne soit nommé que comme point limite, sans que cette mention implique l’existence de juifs à Tunis même.
    Le second argument, est la tradition judéo-arabe, selon laquelle, l’introduction des juifs à Tunis, s’est faite sous l’égide de Sidi Mahrez, que la population musulmane regarde comme un saint patron de la ville.
    Or Sidi Mahrez a vécu au Xe siècle.

    ( David Cohen - Le parler arabe des juifs de Tunis - Edition Mouton. 1964)

  • > L’Histoire des juifs de Tunisie., le 23 janvier 2004, par Annibal

    HISTORIQUE. PRESENCE DES JUIFS EN AFRIQUE DU NORD.

    X°siècle : Présence juive légendaire (avec les premiers établissements phéniciens en Algérie)
    814 : Fondation de Carthage
    581 : Destruction du premier Temple. Vestiges confirmés d’une présence juive en Afrique du Nord
    300 : Ptolémée Soter, successeur d’Alexandre, installe des soldats juifs en Cyrénaïque
    264-146 : Guerres Puniques. Nombreuses communautés juives en Libye et Afrique du Nord.
    45 : Jules César accorde des franchises aux Juifs de l’empire romain
    70 : Destruction du Second Temple par Titus. Réfugiés juifs à Constantine, Sétif, Aumale, Bône, Cherchell,...Titus établit 30000 colons juifs à Carthage.
    87 : Première révolte juive en Cyrénaïque
    115-118 : Révolte juive en Cyrénaïque
    132-135 : Echec du soulèvement de Bar-Kokhba en Palestine. Des réfugiés s’établissent en Afrique du Nord. Prosélytisme juif parmi les Berbères
    212 : Edit de Caracalla reconnaissant le droit de cité aux Juifs
    200-500 : Le christianisme s’implante en Afrique du Nord, province de l’Empire Romain. Polémiques judéo-chrétiennes.
    313 : Edit de Milan : Constantin impose le christianisme comme religion d’Etat
    430 : Conquête de l’Afrique du Nord par les Vandales. Combat dans les Aurès avec les tribus berbères judaïsées.
    535 : Conquête de l’Afrique du Nord par les Byzantins de Bélisaire (494-565) : les juifs combattent aux côtés des Vandales
    642 : Début de la conquête de l’Afrique du Nord par les Arabes. Résistance des Berbères et des Juifs.
    669 : Fondation de Kairouan. Création de la plus importante communauté juive en Afrique du Nord
    698-703 : Opposition berbère à l’invasion arabe. La Kahéna, reine d’une tribu berbère judaïsée, résiste plusieurs années (688-693.) Les vieilles communautés berbères sont détruites. Des juifs orientaux suivent les armées arabes et fondent de nouvelles communautés.
    694 : Conquête de l’Espagne par Tarik : des Juifs participent à l’expédition militaire
    717 : Pacte d’Omar fixant le statut des Dhimmi (les protégés)
    944 : Fondation d’Alger. Les juifs jouent un rôle économique et politique important.
    1057 : Les tribus de bédouins hilaliens prennent Kairouan et pillent le pays, repoussant les tribus berbères dans le Sud.
    1150 : Les Almohades (dynastie Muminide) conquièrent le Maroc, l’Algérie et chassent les Normands de Tunisie. Persécutions contre les Juifs : conversions forcées et massacres (Tlemcen, ...)
    XIII° siècle : Création de trois pays séparés : le Maroc (dynastie Mérinide), l’Algérie( dynastie Ziyanide à Tlemcen) et la Tunisie.
    1391 : Massacre des juifs de Castille et d’Aragon. Immigration vers les Baléares, le Maroc et l’Algérie. Les juifs s’installent à Oran, Mostaganem, Alger (et dans la plaine de la Mitidja : Miliana, Médéa,..), Bougie et Constantine.
    1394 : Simon ben Semah Duran dit Rachbatz (1361-1442) rédige les taqqanot d’Alger, qui établissent des règles religieuses et civiles appliquées par toutes les communautés juives d’Algérie : " la coutume d‘Alger "
    1492 : Expulsion des juifs d’Espagne
    1496 : Conversions forcées ou expulsions des Juifs du Portugal
    1509-1518 : Les Espagnols occupent Oran, Bougie, Tlemcen. Ruine des communautés juives
    1529 : Barberousse (Kheir-al-Din) chasse les Espagnols d’Alger au nom du sultan turc Soliman. La Tunisie et l’Algérie ont intégré l’empire ottoman
    1593 : Livourne devient un port franc. Le duc de Toscane y accueille les Juifs Sépharades
    1659 : Le pacha d’Alger s’appelle désormais le Dey. Il est entouré des beys de Constantine, de Mascara (puis Oran) et de Médéa. La communauté juive est dirigée par un Mokkedem (Muqaddam) nommé.
    1669 : Les Espagnols expulsent les juifs d’Oran
    1792 : Mohammed El Kebir chasse les Espagnols d’Oran. Retour de la communauté juive.
    1798-1803 : Les commerçants juifs Bacri et Busnach obtiennent le monopole du commerce des céréales dans la Régence. Ils financent le Directoire et le Consulat
    1804 : Famine à Alger. Saccage des biens juifs
    1830 : Conquête de l’Algérie par la France. Des juifs participent à la prise d’Oran (1833) et de Constantine (1837). Jacob Bacri est nommé chef de la Nation Hébraïque en Algérie.
    1845 : Création des Consistoires d’Alger, Oran et Constantine
    1865 : Sénatus-Consulte autorisant les Juifs d’Algérie à demander individuellement la citoyenneté française
    1870 (24 octobre) : Décret Crémieux accordant la nationalité française aux " Israélites indigènes des départements d’Algérie "
    1871 : Insurrection kabyle
    1881 : Protectorat français sur la Tunisie
    1886 : Drumont publie "La France Juive". Crise anti-juive en Algérie
    1897 : Manifestations antisémites à Oran, Alger,..
    1898 : Edouard Drumont devient député d’Alger ; Max Régis, maire d’Alger
    1912 : Protectorat français sur le Maroc
    1934 : Emeutes anti-juives en Algérie. Massacre des Juifs à Constantine
    1937 : Projet de statut Blum-Violette en faveur des musulmans d’Algérie
    1940-1943 : Lois de Vichy abrogeant le Décret Crémieux et fixant le statut des Juifs
    1941 : Les enfants juifs sont chassés des écoles publiques
    1942 (8 novembre) : Débarquement allié à Alger
    1943 (20 octobre) : Rétablissement du Décret Crémieux
    1945 : Révolte en Kabylie
    1948 (14 mai) : Création de l’Etat d’Israël
    1954 (1° novembre) : Début de l’insurrection algérienne
    1955 : Indépendance du Maroc - Retour de Mohammed V
    1956 : Indépendance de la Tunisie
    1958 : Putsch d’Alger ; Retour du Général de Gaulle
    1962 ( 3 juillet) : Indépendance de l’Algérie - Départ de la quasi-totalité des Juifs d’Algérie
    1962 : Départ des juifs de Tunisie.
    1967 : Guerre des six jours et départ de la quasi-totalité des juifs de Tunisie.

  • > L’Histoire des juifs de Tunisie., le 17 janvier 2004
    Excellente initiative Annibal... Pour moi qui suit avide de mes racines..meme si je suis livournaise ,j ai quand meme une grand mere tunisienne a 100 %... maitre charles Haddad ,que son souvenir soit beni,m avait deja conte et donner beaucoup de bases..parametres que j ai retrouve dans ses livre,dans les recits de ma mere...de mes cousins.. J essayerais de transmeetre aussi cet enseignement.. j attends donc tes premieres reflexions.. Judith

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