L’Histoire des juifs de Tunisie.Nous allons essayer de savoir et de comprendre l’origine de l’installation des juifs en Tunisie.

Un avant-goût des prochains articles.
Nous allons essayer de savoir et de comprendre l’origine de l’installation des juifs en Tunisie.
Si nous suivons le raisonnement des historiens, elle devrait se situer aux alentours du 8ème siècle avant Jésus Christ.
Nous développerons, avec votre aide que j’espère fructueuse, les différentes étapes de leur installation, leur mode de vie, dans les principales régions de la Tunisie, dans les villes les plus reculées ; la façon de se vêtir, de manger et pourquoi pas, leur « langue. »
Les anecdotes, histoires, sont les bienvenues.
N’hésitez pas à enrichir cette section, pour le bien de tous et de l’histoire de notre pays.
L’histoire des juifs de la Tunisie pré-musulmane est obscure et complexe.
La très grande antiquité de leur colonisation peut être considérée comme établie.
La découverte à la fin du 19ème siècle, des vestiges de la fastueuse synagogue de Hammam-Lif, a donné la preuve archéologique de leur prospérité au cours de la période romaine.
On sait qu’un certain nombre d’entre eux y avaient été déportés par Titus après les événements de 70, et que la diaspora devait par la suite y faire affluer de nouveaux apports.
Mais les déportés et les immigrés de la diaspora ne s’étaient pas trouvés en pays tout à fait étranger.
Carthage abritait déjà une forte colonie juive qui y jouait un rôle important.
Il semble bien que dès la haute antiquité, les colonies juives se soient livrées à un prosélytisme très actif, dont l’histoire atteste les effets, puisque la puissance de l’expansion islamique elle-même ne parviendra pas à détruire toute trace des anciennes croyances judaïques chez les nombreuses tribus berbères.
Quelle que soit l’origine réelle des juifs de Tunisie, on ne peut manquer d’être frappé par l’importance de l’élément berbère, dans l’étude de leurs noms propres.
Merci Hannibal pour toutes ces infos. J’aurais une question concernant les émeutes anti-juives en Algérie. Etant fils de Pieds-Noir Espagnol (chrétien), j’ai toujours connu un mélange entre les Pieds-Noirs de toutes origines, Espagnols, Juifs, Alsaciens, Maltais, Italiens. Aurais-tu des sources et des détails sur ces faits ?
Merci,
Rodoric
En effet Annibal, On peut même parler de caste, car comme tu les décrits si bien, LES GRANAS, ne se melaient jamais aux TWENSSA, de la hara, il y avait là une sorte de discrimination de ’standing’ , un peu comme les juifs pollaks et les sépharades au début à Paris.
Il leur a fallu plus d’une génèration entière pour voir disparaitre peu à peu cet ostracisme.
J’avais des voisins Grhènè et je ne comprenais pas leur attitude envers nous. Ils vivaient en vase clos et rares étaient acceptès chez eux des non-granèhs. Ce n’est que bien plus tard, une fois les enfants devenus grands que mes amis-voisins- par la suite, ont brisè la glace faute de s’integrer à des amis ’grénèh’ comme eux. Ils n’avaient pas le choix donc ce mélange entre nous, forcè pour eux, a fini par porter ses fruits, puisqu’ils ont épousè par la force des choses des filles de TWENSSA.
Pour les tombes, ils ne s’adressaient jamais à un marbrier tounsi mais bien à un des leurs. Et pour les montèes au Borgel elles se faisaient le Dimanche ; même les prières étaient faites selon leurs rites. Tout était différent.
Les granahs étaient aussi des gens de culture, musicophones, tutu et chichi, pleins de savoir vivre, mais pas assez de tolèrants.
Pour conclure, quand je rentrais chez les Bo...On sentait la lavande, chez nous c’était l’odeur de la gnouiyè qui remplissait l’air, sans doute que leurs ragouts étaient assaissonnès de parfum exquis, yè lahdiyè...Même leur haleine sentait le DIOR, et nous le ME WARD, et quant ils ’guémssaient’( pétaient) , c’était du CACHAREL, et nous l’odeur des féves....lol...
L’état actuel permet peut-être de s’en faire une idée.
Parmi les Grana, les uns parlent exclusivement l’arabe, et leur langage ne se distingue pratiquement en rien de celui de Twansa.
D’autres parlent l’italien, soit exclusivement, soit conjointement à l’arabe ou au français ou aux deux.
L’Italien parlé par les Grana, ne ressemble pas au dialecte méridional parlé par la grande majorité des Italiens de Tunis.
Aucun contact particulier n’existe d’ailleurs entre les deux groupes.
Cette connaissance de l’italien ne peut pas être attribuée à l’école (il y avait jusqu’à la dernière guerre, des écoles primaires Italiennes très florissantes, à Tunis), car de vieilles personnes complètement illettrées, la possèdent.
C’est bien donc une survivance des immigrations les plus récentes.
Par contre, l’espagnol n’est plus guère usité par les Granas, que dans certaines activités cultuelles.
Il faut donc penser que les Livournais arrivés à Tunis au XVIIe siècle, s’ils pouvaient posséder une littérature d’expression hispanique, devaient être, eux-mêmes, de langue italienne.
On peut donc supposer, avec une certaine vraisemblance, qu’à l’époque de leur arrivée, les juifs d’origine espagnole, s’étaient assimilés linguistiquement, à leurs coreligionnaires indigènes.
Peut-être certains d’entre eux, adoptèrent-ils par la suite l’Italien, sous l’effet du prestige des nouveaux arrivants.
En tous cas l’italien est la seule langue qui puisse caractériser aujourd’hui les membres de la communauté des Grana.
L’étude du parler arabe des juifs de Tunis, peut dans une certaine mesure, confirmer cette hypothèse.
Ces récents apports italiens, sont les derniers qui aient contribué de manière importante, à la formation ethnique de la colonie juive de Tunis.
Pendant toute la période du Protectorat, une tendance à s’assimiler culturellement aux Français, a prévalu dans une certaine partie de la population.
Mais cette assimilation ne s’est traduite par aucune nouvelle rupture de l’équilibre ethnique.
Cet équilibre, se caractérise par une fusion avancée des Twansa et des Grana, des couches inférieures de la population.
Au sein de la très haute bourgeoisie, la frontière tend aussi à s’effacer, bien que lentement.
Par contre, elle demeure très visible parmi les classes moyennes où les Grana ont conservé un certain sentiment de supériorité.
Il faut bien se mettre à l’esprit que, jusqu’à une date assez récente, les Granas ne se mélangeaient pas aux Twansa ; ils s’épousaient entre personnes de même communauté, ils avaient un cimetière bien distinct de celui des Twansa.
Au début du XXe siècle, la tenue européenne portée par les Grana était appelée « Tenue à l’italienne. »
Dans mon voisinage, j’ai connu beaucoup de Grana qui ne parlaient qu’italien à la maison et qui avaient choisi, comme deuxième langue, au Lycée, l’italien, avant l’anglais.
Je m’adresse particulièrement à ceux qui ont connu de telles situations, pour nous relater des événements typiquement démonstratifs.
Notre ami Abraham, avait des voisins, les B....., il a certainement des anecdotes les concernant.
Il demeure cependant que la documentation sur ces origines est pratiquement inexistante.
Et si la question possède déjà toute une petite littérature, on l’a malheureusement obscurcie en y greffant celle des origines de la population berbère elle-même, et elle est loin d’être résolue.
Pour l’histoire ultérieure, celle de la période islamique qui nous intéresse beaucoup plus directement, nous admettrons simplement, avec la caution de l’historien qui lui a consacré l’étude la plus précise, " qu’au Moyen Âge des groupes berbères judaïsants y coexistaient et avaient, en partie, fusionné avec des colonies juives venues d’orient."
(Brunschwig, Berbérie, p. 396.)
La fortune de Tunis comme grande ville et capitale de toute la Berbérie orientale avant de devenir celle de la Tunisie moderne, est liée au règne des Hafsides ( En fait, elle prit rang de capitale, sous l’almohade ‘Äbdel al Moumine qui, après avoir chassé les Normands, y avait laissé un gouverneur (1160) Mais jusqu’aux premiers Hafsides, les troubles incessants entravèrent son développement.)
Elle n’avait été au début qu’une bourgade dépendant de Kairouan, qui ne lui céda la prééminence que vers le milieu du XIe siècle.
Le rôle des juifs de Kairouan a été important dans l’histoire de la Tunisie ; ils furent pour une part non négligeable dans cet éclat intellectuel qui avait fait de la ville la métropole culturelle de Maghreb.
Leur colonie y demeura florissante jusqu’au XIIIe siècle ; les persécutions et les conversions forcées de ‘Âbdallah Musta’mir Billah (1247-1275), devaient l’anéantir rapidement.
Ultérieurement, l’accès même de Kairouan comme celui de Hammamet leur fut interdit et l’hypothèse a été émise que l’interdiction visait en tout premier lieu, à trancher radicalement les liens qui pouvaient encore unir les juifs convertis à leurs anciens coreligionnaires.
Ce qui mérite d’être noté ; en tous cas, c’est que des voyageurs européens du siècle dernier ont relevé chez certains musulmans de Kairouan, des traditions et des coutumes qui semblent orienter vers des sources juives.
Le sort des juifs de Kairouan intéresse de la manière la plus directe l’histoire de la colonie juive de Tunis, qui semble bien en avoir été la principale héritière.
La première allusion aux juifs de Tunis, que les historiens aient relevée, a trait aux persécutions almohades.
La colonie tunisoise est citée parmi celles qui ont souffert, dans la fameuse élégie d’Ibn ‘Ezra.
La mention serait-elle donc contemporaine des événements ?
On sait bien aujourd’hui, qu’elle est contenue dans les additions postérieures à l’élégie proprement dite.
Ces additions d’origine maghrébine, sont elles-mêmes fort anciennes.
Elles ne peuvent cependant pas porter témoignage sur le XIIe siècle.
Deux autres arguments peuvent être invoqués en faveur d’une présence aussi ancienne, dans une agglomération qui n’était pas encore, tant s’en faut, une grande ville commerçante.
D’abord, l’existence d’une lettre de Maimonide à son fils concernant les juifs entre Tunis et Alexandrie.
Si cette lettre est authentique, on pourrait en faire remonter la date jusqu’en 1165, au cours du premier voyage de Maimonide.
Malheureusement, rien de probant n’a été produit en faveur de son authenticité.
Et par ailleurs, la lettre porte en fait sur les juifs de Djerba, que l’auteur a vus et généralise à tout le Maghreb.
Il se peut que Tunis ne soit nommé que comme point limite, sans que cette mention implique l’existence de juifs à Tunis même.
Le second argument, est la tradition judéo-arabe, selon laquelle, l’introduction des juifs à Tunis, s’est faite sous l’égide de Sidi Mahrez, que la population musulmane regarde comme un saint patron de la ville.
Or Sidi Mahrez a vécu au Xe siècle.
( David Cohen - Le parler arabe des juifs de Tunis - Edition Mouton. 1964)
HISTORIQUE. PRESENCE DES JUIFS EN AFRIQUE DU NORD.
X°siècle : Présence juive légendaire (avec les premiers établissements phéniciens en Algérie)
814 : Fondation de Carthage
581 : Destruction du premier Temple. Vestiges confirmés d’une présence juive en Afrique du Nord
300 : Ptolémée Soter, successeur d’Alexandre, installe des soldats juifs en Cyrénaïque
264-146 : Guerres Puniques. Nombreuses communautés juives en Libye et Afrique du Nord.
45 : Jules César accorde des franchises aux Juifs de l’empire romain
70 : Destruction du Second Temple par Titus. Réfugiés juifs à Constantine, Sétif, Aumale, Bône, Cherchell,...Titus établit 30000 colons juifs à Carthage.
87 : Première révolte juive en Cyrénaïque
115-118 : Révolte juive en Cyrénaïque
132-135 : Echec du soulèvement de Bar-Kokhba en Palestine. Des réfugiés s’établissent en Afrique du Nord. Prosélytisme juif parmi les Berbères
212 : Edit de Caracalla reconnaissant le droit de cité aux Juifs
200-500 : Le christianisme s’implante en Afrique du Nord, province de l’Empire Romain. Polémiques judéo-chrétiennes.
313 : Edit de Milan : Constantin impose le christianisme comme religion d’Etat
430 : Conquête de l’Afrique du Nord par les Vandales. Combat dans les Aurès avec les tribus berbères judaïsées.
535 : Conquête de l’Afrique du Nord par les Byzantins de Bélisaire (494-565) : les juifs combattent aux côtés des Vandales
642 : Début de la conquête de l’Afrique du Nord par les Arabes. Résistance des Berbères et des Juifs.
669 : Fondation de Kairouan. Création de la plus importante communauté juive en Afrique du Nord
698-703 : Opposition berbère à l’invasion arabe. La Kahéna, reine d’une tribu berbère judaïsée, résiste plusieurs années (688-693.) Les vieilles communautés berbères sont détruites. Des juifs orientaux suivent les armées arabes et fondent de nouvelles communautés.
694 : Conquête de l’Espagne par Tarik : des Juifs participent à l’expédition militaire
717 : Pacte d’Omar fixant le statut des Dhimmi (les protégés)
944 : Fondation d’Alger. Les juifs jouent un rôle économique et politique important.
1057 : Les tribus de bédouins hilaliens prennent Kairouan et pillent le pays, repoussant les tribus berbères dans le Sud.
1150 : Les Almohades (dynastie Muminide) conquièrent le Maroc, l’Algérie et chassent les Normands de Tunisie. Persécutions contre les Juifs : conversions forcées et massacres (Tlemcen, ...)
XIII° siècle : Création de trois pays séparés : le Maroc (dynastie Mérinide), l’Algérie( dynastie Ziyanide à Tlemcen) et la Tunisie.
1391 : Massacre des juifs de Castille et d’Aragon. Immigration vers les Baléares, le Maroc et l’Algérie. Les juifs s’installent à Oran, Mostaganem, Alger (et dans la plaine de la Mitidja : Miliana, Médéa,..), Bougie et Constantine.
1394 : Simon ben Semah Duran dit Rachbatz (1361-1442) rédige les taqqanot d’Alger, qui établissent des règles religieuses et civiles appliquées par toutes les communautés juives d’Algérie : " la coutume d‘Alger "
1492 : Expulsion des juifs d’Espagne
1496 : Conversions forcées ou expulsions des Juifs du Portugal
1509-1518 : Les Espagnols occupent Oran, Bougie, Tlemcen. Ruine des communautés juives
1529 : Barberousse (Kheir-al-Din) chasse les Espagnols d’Alger au nom du sultan turc Soliman. La Tunisie et l’Algérie ont intégré l’empire ottoman
1593 : Livourne devient un port franc. Le duc de Toscane y accueille les Juifs Sépharades
1659 : Le pacha d’Alger s’appelle désormais le Dey. Il est entouré des beys de Constantine, de Mascara (puis Oran) et de Médéa. La communauté juive est dirigée par un Mokkedem (Muqaddam) nommé.
1669 : Les Espagnols expulsent les juifs d’Oran
1792 : Mohammed El Kebir chasse les Espagnols d’Oran. Retour de la communauté juive.
1798-1803 : Les commerçants juifs Bacri et Busnach obtiennent le monopole du commerce des céréales dans la Régence. Ils financent le Directoire et le Consulat
1804 : Famine à Alger. Saccage des biens juifs
1830 : Conquête de l’Algérie par la France. Des juifs participent à la prise d’Oran (1833) et de Constantine (1837). Jacob Bacri est nommé chef de la Nation Hébraïque en Algérie.
1845 : Création des Consistoires d’Alger, Oran et Constantine
1865 : Sénatus-Consulte autorisant les Juifs d’Algérie à demander individuellement la citoyenneté française
1870 (24 octobre) : Décret Crémieux accordant la nationalité française aux " Israélites indigènes des départements d’Algérie "
1871 : Insurrection kabyle
1881 : Protectorat français sur la Tunisie
1886 : Drumont publie "La France Juive". Crise anti-juive en Algérie
1897 : Manifestations antisémites à Oran, Alger,..
1898 : Edouard Drumont devient député d’Alger ; Max Régis, maire d’Alger
1912 : Protectorat français sur le Maroc
1934 : Emeutes anti-juives en Algérie. Massacre des Juifs à Constantine
1937 : Projet de statut Blum-Violette en faveur des musulmans d’Algérie
1940-1943 : Lois de Vichy abrogeant le Décret Crémieux et fixant le statut des Juifs
1941 : Les enfants juifs sont chassés des écoles publiques
1942 (8 novembre) : Débarquement allié à Alger
1943 (20 octobre) : Rétablissement du Décret Crémieux
1945 : Révolte en Kabylie
1948 (14 mai) : Création de l’Etat d’Israël
1954 (1° novembre) : Début de l’insurrection algérienne
1955 : Indépendance du Maroc - Retour de Mohammed V
1956 : Indépendance de la Tunisie
1958 : Putsch d’Alger ; Retour du Général de Gaulle
1962 ( 3 juillet) : Indépendance de l’Algérie - Départ de la quasi-totalité des Juifs d’Algérie
1962 : Départ des juifs de Tunisie.
1967 : Guerre des six jours et départ de la quasi-totalité des juifs de Tunisie.