L’histoire des juifs de Tunisie.

  • Auteur(s) : Annibal
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  • Publié le : jeudi 1er avril 2004

En bref

Les premiers siècles de l’Islam. ( D’après Paul Sebag. Editions l’Harmattan.)


Reprenant le récit de l’histoire des juifs de Tunisie, et pour mieux comprendre ce qui va suivre, nous sommes contraint de relater, de nouveau, la vie de la Kahena.

La conquête arabe du VIIe siècle a marqué dans l’histoire de l’ancienne province romaine d’Afrique le début d’une ère nouvelle.
Les grandes masses de la population, qui se partageaient jusque-là entre le paganisme et le christianisme, avec plus d’une forme de transition d’une religion à l’autre, furent invitées à embrasser l’Islam.
Les païens eurent à choisir entre la conversion et la mort, et toutes les fois qu’ils furent vaincus au terme de leurs combats, se convertirent.
Les chrétiens eurent à choisir entre la conversion et le paiement d’un tribut.
Ainsi, les populations à demi christianisées se convertirent pour ne pas être astreintes au paiement du tribut.
Mais les populations christianisées de longue date, qu’il s’agît de Romains, de Grecs ou de Berbères, préférèrent consentir à verser un tribut pour rester fidèles à leur foi.
Il en fut de même pour les juifs qui, afin de pouvoir continuer à observer leur religion, durent accepter de payer un tribut au conquérant.
Réduits à des minorités au milieu de populations qui avaient massivement embrassé l’Islam, les juifs comme les chrétiens, furent soumis à un statut particulier.
Si l’on respectait en eux des hommes qui croyaient en un Dieu unique et au jugement dernier et s’appliquaient aux bonnes œuvres, on leur reprochait de ne s’être pas ralliés à la religion prêchée par Mahomet.
Ils furent à la fois protégés et victimes de discriminations.
On peut à son gré valoriser la tolérance dont ils bénéficièrent dans la cité musulmane, ou les inégalités dont ils eurent à souffrir.
Il importe surtout de mettre en lumière les divers aspects de leur vie contrastée.
Mais avant de retracer l’histoire des juifs d’Ifriqiya dans les premiers siècles de l’Islam, il nous faut rappeler un moment de la conquête qui mit aux prises Arabes et Juifs, ou plutôt Arabes et Berbères judaïsés.
La conquête de l’Afrique du Nord est, de toutes les conquêtes des Arabes, celle qui leur demanda le plus d’efforts.
Amorcée vers le milieu du VIIe siècle, elle ne fut achevée qu’à sa fin.
La durée exceptionnelle de cette entreprise s’explique par plus d’une raison.
Il y eut d’abord la distance qui séparait l’Afrique du Nord des pays qui servaient aux Arabes de base d’opération.
Il y eut aussi les crises qui secouèrent l’Orient à plus d’une reprise, forcèrent les Arabes à interrompre leurs efforts, et permirent à l’Occident de se ressaisir.
Il y eut enfin et surtout les résistances dont les Arabes durent triompher.
A celle que leur opposèrent les armées byzantines, s’ajouta celle que leur opposèrent les populations berbères qui, pour sauvegarder leur indépendance, s’unirent contre les conquérants arabes et leur livrèrent combat.
Il ne fallut pas moins de huit expéditions pour que les Arabes viennent à bout des garnisons byzantines et des populations berbères.
La conquête de la Berbérie orientale ne fut achevée que lorsque Hassan ibn-Noomane, après s’être emparé de Carthage, eut triomphé de l’ultime résistance des populations berbères, animée par la Kahena.
Au cours de l’année 73 de l’hégire (692/3), Hassan ibn-Noomane parvint à s’emparer pour la première fois de Carthage, dont il chassa les dernières garnisons byzantines.
La conquête de l’Ifriqiya n’était pas pour autant achevée, car les grandes masses de la population berbère opposaient encore à l’envahisseur une résistance opiniâtre.
On lui apprit que c’était une femme, surnommée la Kahena, c’est-à-dire la devineresse, parce qu’elle prévoyait les choses à venir, et qu’elle en tirait un immense prestige.
C’était elle, en effet, que la puissante tribu de Jarâwa s’était donnée pour chef et à laquelle tous les Berbères s’étaient ralliés.

  • > L’histoire des juifs de Tunisie., le 1er avril 2004, par Annibal

    Les juristes musulmans ne tardèrent pas à considérer que la condition des gens du Livre en terre d’Islam était régie par un véritable pacte.
    S’ils devaient verser à l’Etat musulman l’impôt de capitation, l’Etat musulman devait en retour leur assurer sécurité et protection.
    Aussi bien, est-ce sous le nom de protégés, ahl al-dhimma, que furent désignés les gens du Livre, astreints au paiement de l’impôt de capitation.
    En échange de la sécurité et de la protection qui leur étaient promises, les Juifs et les chrétiens ne devaient pas seulement s’acquitter de l’impôt de capitation.
    Il leur fallait encore ne pas enfreindre un certain nombre d’interdits.
    Le pacte de protection, ne comporte pas moins de douze articles :
    Sous peine de rompre le pacte qui les lie à l’Etat musulman, les dhimmis ne peuvent enfreindre les six articles suivants :
    -  a) Ils ne doivent ni attaquer le Livre sacré ni en fausser le texte.
    -  b) Non plus qu’accuser le Prophète de mensonge ou en parler avec mépris.
    -  c) Ni parler de la religion islamique pour la blâmer ou la contester.
    -  d) Ni entreprendre une musulmane en vue de relations illicites ou de mariage.
    -  e) Ni détourner de la foi aucun musulman ni lui nuire dans sa personne ou ses biens.
    -  f) Ni venir en aide aux ennemis ni n’accueillir aucun de leurs espions.
    Sous peine d’encourir des peines de plus en plus sévères, les dhimmis ne peuvent enfreindre les six articles suivants :
    -  a) Ils doivent se distinguer des musulmans par leur tenue extérieure en portant un signe distinctif et une ceinture spéciale.
    -  b) Ils ne doivent pas élever de constructions plus hautes que celles des musulmans, mais d’une hauteur moindre ou égale.
    -  c) Ils ne doivent pas froisser les oreilles musulmanes par le son de la cloche, la lecture de leurs livres et leurs prétentions au sujet d’Edras ou du Messie.
    -  d) Ils ne doivent pas se livrer publiquement à la consommation de vin non plus qu’à l’exhibition de la croix ou de leurs porcs.
    -  e) Ils ne doivent pas ensevelir leurs morts avec pompe, en faisant entendre leurs lamentations et leurs cris.
    -  f) Ils ne doivent pas employer pour monture des chevaux de race ou de sang mêlé, ce qui leur laisse la faculté de se servir de mulets et d’ânes.
    C’est cet ensemble de dispositions, souvent désigné sous le nom de Pacte d’Omar, parce qu’il figurait dans le traité que le premier calife signa avec les chrétiens de Syrie, qui fut appliqué aux juifs d’Ifriqiya au cours des premiers siècles, avec plus ou moins de rigueur.
    Les juifs comme les chrétiens, ont été astreints au paiement de l’impôt de capitation.
    L’impôt de capitation est prélevé sur les tributaires mâles, libres et majeurs, mais non sur leurs femmes ni sur leurs impubères, ni sur leurs esclaves.
    Il en précise le montant :
    Pour ceux qui emploient la monnaie d’or, la capitation est de quatre dinars ; pour ceux qui emploient la monnaie en argent, elle est de quarante dirhams ; le taux en est réduit pour les pauvres.
    Le versement de l’impôt de capitation ne dispense pas les Juifs, non plus les chrétiens, de verser d’autres contributions.
    Le statut réservé aux tributaires n’empêchait pas les juifs d’exercer de hautes fonctions.
    Des médecins juifs furent souvent attachés à la personne de ceux qui gouvernaient l’Ifriqiya.
    Les juifs, comme les chrétiens, n’ont jamais cessé de bénéficier d’une large tolérance.
    Il ne semble pas que la moindre contrainte se soit jamais exercée sur eux pour les amener à embrasser l’Islam.
    Ils ont toujours pu vivre en accord avec leurs croyances et pratiquer leur religion en toute liberté, en jouissant dans le cadre de l’Etat musulman d’une relative autonomie.

    Prochain article : L’essor de la culture hébraïque.

  • > L’histoire des juifs de Tunisie., le 29 mars 2004, par Annibal

    Les activités économiques.

    Les documents de la genizah du Caire, qui nous ont permis d’entrevoir la distribution spatiale des Juifs dans l’Ifriqiya médiévale, nous permettent aussi d’en établir le rôle dans la vie économique du pays.
    C’est sur la part qu’ils prennent aux échanges de pays à pays que nous sommes le mieux renseignés.
    Ils prennent une part active aux échanges qui se font avec le Maroc et l’Afrique noire ; avec l’Egypte et les pays de l’océan Indien ; avec l’Espagne et avec la Sicile.
    Les opérations des marchands juifs sont servies par un réseau serré de correspondants qui assurent l’exécution de leurs ordres sur toutes les places commerciales et avec autant de fidélité et de dévouement qu"ils sont, non seulement des coreligionnaires, mais aussi des parents.
    Dans leurs opérations commerciales, les marchands juifs semblent avoir entretenu d’excellentes relations avec leurs compatriotes musulmans qui transportaient leurs marchandises par terre ou par mer et avec lesquels ils constituaient parfois de véritables associations pour partager les risques et les profits de leurs entreprises.
    Le commerce de pays en pays se doublait d’un commerce de ville en ville pour centraliser les produits d’exportation et redistribuer les produits d’importation, et les marchands juifs y jouaient aussi un rôle important.
    Ils se livraient aussi au commerce de détail des produits qu’ils faisaient venir de loin par terre ou par mer.
    Des juifs appartenant aux familles les plus aisées se laissèrent séduire par les charmes d’une civilisation raffinée, et d’austères censeurs réprouvèrent leur engouement pour les vêtements somptueux, les parfums recherchés et la musique instrumentale.
    Cette prospérité rend compte des larges subventions dont bénéficiaient les œuvres communautaires, les écoles et les séminaires des villes ifriqiyennes et jusqu’à l’importance de leur contribution à la culture arabe comme à la culture hébraïque.
    Loin des villes, des juifs, appartenant à des communautés plus ou moins importantes, se livraient à l’agriculture.
    Certains, qui avaient planté des mûriers, se livraient à l’élevage des vers à soie ; d’autres s’adonnaient à la culture d’épices comme le safran, et de matières tinctoriales comme le henné ; d’autres enfin cultivaient la vigne et produisaient du vin que la religion juive ne frappe d’aucun interdit.
    Quant aux juifs nomades vivant sous la tente, ils se consacraient à l’élevage des troupeaux.

    La condition des dhimmis.

    Au lendemain de la conquête arabe du VIIe siècle, les Juifs d’Ifriqiya se virent appliquer le statut que l’Islam a assigné à tous ceux qui croyaient aux Saintes Ecritures, Ahl el Kitab,, ou "gens du livre".
    A la différence des idolâtres qui furent, sous peine de mort, contraints d’embrasser l’Islam, les Juifs comme les chrétiens se virent reconnaître le droit de demeurer fidèles à leurs croyances et de pratiquer leur religion, en payant à l’Etat musulman un tribut consistant en un impôt de capitation, jezya, qui avait son fondement dans un verset coranique :
    - Combattez ceux qui parmi les hommes, ayant reçu des livres révélés, ne croient pas en Allah et au jour suprême, qui ne déclarent pas interdit ce que Allah et son apôtre ont déclaré interdit et qui ne professent pas la religion de vérité. Combattez-les jusqu’à qu’ils versent la capitation de leurs propres mains, et qu’ils soient humiliés.

    Suite au prochain article, et particulièrement, les conditions imposées.

  • > L’histoire des juifs de Tunisie., le 26 mars 2004, par Annibal

    Les principales communautés.

    Au lendemain de la conquête arabe, il y eu sans doute des populations berbères à demi judaïsées qui embrassèrent l’Islam, comme le firent, nous dit-on, les fils de la Kahena.
    Mais la plus grande partie de la population juive, quelle qu’en fût l’origine, descendant de Judéens de souche ou de Berbères convertis dut rester fidèle au judaïsme.
    Les Juifs qui étaient établis dans l’ancienne province d’Afrique, à l’époque byzantine continuèrent d’y vivre, après la conquête arabe du VIIe siècle.
    Ils n’en subirent pas moins une profonde mutation culturelle en adoptant l’arabe, au lieu et place du berbère, du punique ou du latin, comme langue de communication.
    L’arabisation, assez lente, sans doute dans les campagnes, fut plus rapide dans les villes, vers lesquelles affluèrent les juifs qui s’en étaient éloignés pour échapper aux persécutions byzantines.
    L’arabisation fut encore accélérée par l’arrivée des juifs d’Orient, à la suite des conquérants arabes, comme on a des sérieuses raisons de le croire.
    Ceux-ci, parlant déjà l’arabe, n’ont pu qu’en répandre l’usage parmi leurs coreligionnaires africains.
    Il n’est pas de texte, il est vrai, qui nous informe de cette mutation.
    Mais il faut bien l’admettre si l’on veut rendre compte de l’existence dans l’Ifriqiya médiévale d’une population juive incontestablement arabisée.
    Sur les juifs d’Ifriqiya dans le Haut Moyen Âge, notre information s’est longuement limitée à ce que nous savions de la contribution de quelques fortes personnalités à la culture arabe ou à la culture hébraïque.
    Nous ignorions presque tout de leur vie économique et sociale et nous ne pouvions que faire des hypothèses sur leur répartition territoriale.
    Il n’en est plus ainsi depuis que les documents de la genizah du Caire, classés, déchiffrés, traduits et commentés sont venus nous apporter une documentation aussi abondante sur toutes les communautés juives d’Ifriqiya, dans la deuxième moitié du Xe siècle et dans la première moitié du XIe siècle.
    C’est sans doute à Kairouan, qui fut la première capitale du pays, que les juifs étaient les plus nombreux.
    Certains se livraient au commerce et prenaient une part active aux échanges avec les autres pays par terre et par mer.
    Les opérations portaient : à l’importation, sur la soie d’Espagne, le lin d’Egypte et les épices d’Orient ; à l’exportation, sur les tissus et les vêtements.
    Nous connaissons les noms des riches marchands, tels les Berachia et les Taherti, qui avaient des correspondants dans toutes les grandes places commerciales d’Espagne, d’Egypte et du Proche Orient.
    Il y avait dans la ville un souk el Yahoud où les marchands juifs étaient en force.
    Des juifs participaient aux industries urbaines, exerçant entre autres les métiers d’orfèvre ou de tailleur.
    La population vivait, semble-t-il groupée dans un quartier qui lui était propre, dont les textes font mention sous le nom de H’ara al-Yahoud ou de H’ara al-Khayber.
    La communauté avait sa maison de prière, ses écoles et son tribunal pour arbitrer les conflits.
    Les études religieuses étaient à l’honneur, et Kairouan fut, aux Xe et XIe siècles, l’un des centres les plus vivants de la culture juive dans l’Occident musulman.
    Les juifs étaient nombreux aussi à Mahdia, que le souverain fatimide Ûbayd Allah fonda au début du Xe siècle et dont il fit sa capitale.
    Ils semblent avoir joué un rôle actif dans ses échanges par mer et par terre avec l’Egypte et la Syrie.
    Les opérations portaient : à l’importation, sur le lin, les matières colorantes et les épices ; à l’exportation : sur l’huile, le savon, la laine, les tissus et les vêtements.
    Nous connaissons les noms de riches marchands, tels les Ibn Majjâni ou les Ibn Sighmar, qui étaient en relations d’affaires avec des membres de leur famille établis à Alexandrie ou au Caire.
    La communauté avait sa maison de prière, ses écoles et son tribunal.
    Les études y étaient à l’honneur, et les riches marchands étaient souvent versés dans la connaissance de la Torah et du Talmud.
    Il y avait des juifs à Sousse.
    Dans cette ville côtière qui avait succédé à l’antique Hadrumète et qui était un centre de tissage très actif, des juifs se livraient au commerce avec l’Egypte, important des balles de lin et des matières tinctoriales et exportant des vêtements et des tissus.
    La communauté avait sa maison de prière, son école et ses rabbins, chargés de célébrer le culte, d’instruire les enfants et d’arbitrer les conflits.
    Il y avait des juifs à Sfax.
    Ils prenaient une part à ses échanges par mer avec la Sicile et avec l’Egypte, exportant de l’huile d’olive et important du lin, de la laque et de la pourpre.
    La présence de juifs est aussi attestée à Gabès.
    Dans cette ville, par laquelle passait la caravane reliant Kairouan au Caire, ils se livraient au tissage des soieries, à partir de la soie produite sur place ou importée d’Espagne ou de Sicile ; et cette activité était à l’origine d’importants échanges avec l’étranger.
    La communauté était assez aisée pour subvenir largement au fonctionnement de ses institutions.
    Gabès était en effet un centre d’études religieuses et ses savants étaient en relation avec les académies de Babylonie.
    On est aussi fondé à affirmer l’existence de communautés juives à Gafsa, à El H’amma et dans l’île de Djerba, qui, selon des additions anciennes à une élégie d’Abraham ben Ezra, auront à souffrir au XIIe siècle de l’intolérance almohade, ainsi qu’à Tunis où des juifs étaient déjà établis au Xe siècle.
    On doit enfin admettre l’existence de juifs nomades, vivant sous la tente, vestiges des tribus berbères judaïsées, qui devaient se maintenir jusqu’à une époque très proche de la nôtre.

  • > L’histoire des juifs de Tunisie., le 26 mars 2004, par Annibal

    Les juifs d’Ifriqiya (Xe-XIe siècles.)

    L’Ifriqiya conquise fut, pendant un siècle, administrée par des gouverneurs nommés d’abord par les califes omeyyades de Damas, puis par les califes abbassides de Bagdad.
    Au début du IXe siècle, un chef militaire, l’émir Ibrahim ben Aghlab obtint du calife de Bagdad le droit de transmettre à sa descendance le gouvernement de cette province de l’empire abbaside.
    Ce fut le début de la dynastie des Banou Aghlab qui présidèrent aux destinées de l’Ifriqiya jusqu’aux premières années du Xe siècle.
    Au cours de l’année 297 (909), une tribu du Maghreb central, la tribu des Kotâma, endoctrinée par un missionnaire shiite venu d’Orient, porta au pouvoir le prince Ubayd Allah qui se présentait comme le mahdi ; et celui-ci fonda la dynastie des califes fatimides, s’opposant à la fois aux califes abbassides de Bagdad et aux califes omeyyades de Cordoue.
    Pour les souverains de cette dynastie, l’Ifriqiya ne devait être qu’un tremplin pour la conquête de l’Egypte, où le troisième calife fatimide Mu’izz ben Mouhammad alla s’établir en 263 (973), en confiant le gouvernement de l’Ifriqiya à l’un de ses fidèles vassaux, Bologin ben Zîri.
    Ce chef valeureux administra l’Ifriqiya au nom des califes fatimides du Caire, transmit son pouvoir aux princes de sa lignée et fonda la dynastie des Zîrides qui règneront comme des souverains sur le pays tout entier jusqu’à l’invasion hilâlienne, 442 (1050).
    Malgré les vicissitudes politiques et les crises que le pays a traversées, les IXe, Xe, XIe siècles font figure des siècles d’or.
    L’Ifriqiya participa alors de cette civilisation que l’Islam a fait triompher sur un vaste domaine englobant à la fois l’Asie, l’Afrique et l’Europe.
    Le pays connut une incontestable prospérité, qu’il due à la mise en valeur de ses campagnes, à l’essor de ses industries urbaines et à l’importance de ses échanges extérieurs par terre et par mer.
    La prospérité économique s’accompagna d’un essor des sciences, des lettres et des arts.
    Dans un pays où l’Islam est devenu la religion dominante, le judaïsme, comme le christianisme, a survécu, et nous sommes assez bien informés, aujourd’hui, sur la vie des juifs d’Ifriqiya dans le Haut Moyen Âge.

  • > L’histoire des juifs de Tunisie., le 26 mars 2004, par Ilian

    C’est avec une grande joie que je retrouve la continuation des recits passionants de notre tres cher ami Annibal. Nous avons tous a apprendre beaucoup de lui et je crois que nous tous devons profiter au maximum de sa presence parmi nous. Les connaissances d’Annibal en matiere d’histoire, de philosophie et de litterature peuvent faire l’honneur de n’importe quel cercle intellectuel.

    Ilian

    P.S. Laissons les jaloux dans leur jalousie, les haineux dans leur haine et les fanatiques dans leur fanatisme et avancons ensemble vers la connaissance et le savoir.

  • > L’histoire des juifs de Tunisie., le 25 mars 2004, par susy
    Bienvenu annibal !et sans rancune.
  • > L’histoire des juifs de Tunisie., le 25 mars 2004, par Annibal

    Le général arabe décida d’aller la combattre sur son propre territoire en se dirigeant vers la région des Aurès.
    La Kahena commença par détruire la ville forte de Baghaïa pour qu’elle ne tombât pas aux mains des Arabes.
    Puis, elle attendit de pied ferme la puissante armée qui marchait contre elle.
    Elle lui livra bataille sur les rives de l’oued Meskiana et lui infligea une écrasante défaite.
    Bien plus.
    Elle poursuivit les Arabes en les forçant à battre en retraite, et elle n’eut de cesse qu’elle ne les eut chassés hors du pays.
    Hassan ibn-Noomane, avec les restes de son armée, se réfugia en Cyrénaïque et s’y retrancha solidement dans les places fortes qu’il fit alors construire et qui reçurent le nom de Qousour Hassan, les châteaux de Hassan.
    Pendant cinq ans, les Arabes durent camper aux portes de l’Ifriqiya sans tenter de s’en rendre maîtres à nouveau.
    Alors que la Kahena régnait sur l’arrière-pays, une escadre byzantine réussit à reprendre Carthage et à y établir une escadre byzantine.
    Mais en 78 (697-8) Hassan ibn- Noomane, ayant reçu d’importants renforts entreprit une nouvelle expédition contre l’Ifriqiya.
    Disposant de moins en moins de forces pour faire pièce aux envahisseurs, la reine des Aurès comprit qu’elle finirait par succomber à leurs coups.
    Elle enjoignit alors à ses deux fils d’embrasser l’Islam et de se rendre aux Arabes.

    (cf. La Kahena dans accueil)

    Si nous nous sommes attardé à rappeler à grands traits cet épisode de la conquête de l’Ifriqiya par les Arabes, c’est en raison de la personnalité de celle qui en fut la fascinante héroïne.
    Des sources qui comptent parmi les meilleures dont nous disposons, affirment que la Kahena, comme la tribu des Jarâwa à laquelle elle appartenait, était juive, et les historiens de l’Afrique du Nord l’ont généralement admis, sans le mettre en doute.
    Mais l’était-elle vraiment ?
    Un très ancien récit sur la conquête de l’Ifriqiya nous apprend qu’elle adorait une idole de bois (sanâm), qu’elle emmenait avec elle dans tous ses déplacements, portée par un chameau en tête de ses troupes.
    Un auteur a cru pouvoir identifier cette idole de bois avec un crucifix ou une statue de la Sainte Vierge et en a conclu que la Kahena était chrétienne.
    Mais c’est aller à l’encontre des textes, difficilement récusables, qui la donnent pour juive.
    En fait, la Kahena appartenait à l’une de ces tribus berbères judaïsées sous la domination romaine, et sa religion devait être constituée par un mélange de survivances païennes et d’emprunts au judaïsme.
    On a d’autant plus de raison de le croire que dans la région qui correspond à l’ancien domaine des Jarâwa, des groupes de juifs nomades, vivant sous la tente, désignés sous le nom de bakhoutsim, ont survécu jusqu’à une époque toute proche de la nôtre ; que des traditions vivaces attribuent une ascendance juive à des tribus musulmanes de cette région et que l’on a pu retrouver parmi elles nombre de coutumes juives.
    Quel qu’ait été le judaïsme de la Kahena, il devait être bien différent de celui des Juifs de Cyrénaïque du second siècle de notre ère, embrasés par le fanatisme zélote.
    Si la reine de l’Aurès s’opposa avec une énergie désespérée aux conquérants arabes, sa résistance fut nourrie moins de foi hébraïque que de patriotisme berbère.
    Mais à travers l’épopée tragique de la reine de l’Aurès nous entrevoyons le destinée des Berbères judaïsés de l’Afrique byzantine, dont les uns, après la conquête arabe, embrasseront l’Islam, et d’autres resteront fidèles au judaïsme.

    Prochain sujet traité : Les juifs d’Ifriqiya (Xe-XXIe siècles.)

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