La Rue des Belges, à Sfax.
Je connais bien cette route pour l’avoir parcourue souvent en bicyclette. En sortant du Lycée des Garçons, l’après midi, je n’allais pas directement à la maison. Je courrais retrouver mes amis dans le local du Dror, les scouts, vers la fin de la rue, juste cent mètres, avant d’arriver au port. Nous y arriverons.
En passant dans la rue, je passe devant le tailleur Labi : son enseigne proclame Labi fait le bel habit. Le patron Albert sort parfois sur le seuil comme pour gober un bol d’air frais. Albert est réputé pour son travail incontestable et strict. Toutefois mes costumes sont taillés par Ankri qui a sa boutique à Moulinville, en face de l’Ecole Cachat.
Son travail est aussi bon, mais le loyer étant bon marché, le client paie moins en fin de compte. Freddy préfère le tailleur Rahmine Berrebi de l’Ancienne Gendarmerie. Ses pantalons - se vante mon frère - durent des années : ses habits si je n’abuse, aux jeux ne s’usent.
Le fils d’Albert, Raphaël, âgé de quatorze ans est très turbulent. Je le retrouverai des dizaines d’années plus tard, sérieux et transformé en parfait homme d’affaires.
--Pourquoi les belges apportent-ils un fusil aux toilettes ?
— Pour tirer la chasse.
Un peu plus loin, se trouve l’atelier de ferblanterie-plomberie des frères Louzoun. Les trois arrivent au travail en même temps, montés sur leurs vélos à la queue leu-leu, par ordre de taille du plus petit au plus grand.
Le premier descend Nessim, le second Shmimel (Petit Samuel), et le troisième Khmimès (petit Khamous). Les diminutifs de leurs noms proviennent de leur courte taille. Pourtant, même étant petits ils sont de hauteurs différentes. Descendant de leurs bicyclettes, dans le même ordre de leur arrivée, ils se dirigent vers leur magasin. Le plus petit, Nessim est le plus âgé, le second Shmimel le cadet et Khmimès le plus jeune est plus haut que les deux autres. Leur affaire se situe dans une cave et l’entrée est si basse - et il faut encore descendre trois marches -, que je pense qu’ils sont les seuls à pouvoir pénétrer sans se courber. Certains affirment que les clients font leurs commandes en parlant avec le chef d’atelier Nessim, à travers le soupirail.
Cette semaine, une dame âgée m’a contacté - ô surprise - pour une formalité quelconque. S’étant présentée comme Mme. Louzoun, je lui ai demandé (suggéré par mon épouse Gisèle), si par hasard elle est parente de Nessim. Elle m’a répondu qu’elle était sa veuve. Mon Dieu comme le monde est petit ! J’ai parlé aussi avec sa fille née en 1955, lui disant que j’ai connu son père, j’ai rappelé l’avoir vu dans son atelier. Elle était toute étonnée, ne savant rien du passé de ses parents.
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Jourdan fournisseur en huiles |
Un ventriloque donne un spectacle en Belgique. Il fait raconter des histoires Belges par sa poupée. Au bout d’un moment un spectateur excédé se lève et dit :
— Ça commence à bien faire, avec vos histoires Belges !
Le ventriloque répond :
— Ecoutez, monsieur, on est ici pour s’amuser...
Le Belge l’interrompt et dit :
— C’n’est pas à toi que je parle, c’est au petit.
La clinique du Docteur Tourneboeuf donne sur le même trottoir. C’est dans cette clinique que mon papa me conduit afin d’y recevoir les soins nécessaires, après une fracture du fémur (voir : ne pas faire der mauvais pas au tribunal). C’est de nouveau là que je suis transporté lors d’une cassure de l’os iliaque droit quatorze mois après ma guérison (voir aussi : ne pas faire de mauvais pas...). Le Docteur Tourneboeuf est un excellent chirurgien, armé de méthodes modernes, il conquiert Sfax en très peu de temps. Il fait aussi des remplacements chez le Docteur Meunier.
J’ai rappelé le Docteur Tourneboeuf dans un article écrit en 2005. Sa belle-fille Claude ayant lu ce texte dernièrement l’a montré au Docteur. Les Tourneboeuf ont réagit et ainsi, j’ai eu des nouvelles de cette belle famille après plus de cinquante six ans.
C’est un chauffeur de camion belge qui se pointe à l’entrée d’un tunnel avec son gros véhicule. Il doit freiner vu que devant lui il y a un autre camion arrêté devant l’entrée du tunnel. Le deuxième chauffeur descend et demande au premier pourquoi il est arrêté.
Celui-ci lui montre le panneau : hauteur maximale 4.00 m et lui explique que son camion fait 4m20, alors ça va coincer. Le deuxième chauffeur dit alors au premier :
— Tu t’en fous, il n’y a pas de flics !
Un peu plus haut se trouve la Synagogue Edmond Azria, un coquet bâtiment, bien équipé, rappelant avec ses fauteuils une salle de théâtre. Ce lieu de cultes est aujourd’hui fermé faute de fidèles. Quel dommage !
Qu’est ce qui est écrit en dessous des canettes belges ?
C’est marqué : Ouvrir de l’autre côté.
Plus au sud, se trouvent le magasin et les bureaux de Victor Khayat : la Société Céramix. Les appareils sanitaires, Jacob Delafon sont bien rangés, les derniers modèles de baignoires, robinetterie et lavabo sont exhibés au public dans leur blanche porcelaine. Le patron Victor, est visible parfois, en descendant de sa voiture Peugeot 203. En m’apercevant, il ne manque pas de me dire :
— Que fais-tu ici, tu devrais être assis devant tes devoirs.
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La rue des Belges en 2005 On aperçoit en bleu la porte de l’ancien dépôt du père de Joseph |
Mon père a travaillé chez Khayat de longues années. De même que notre amie Magi. Victor habitait près du Marché Central.
Pourquoi les Belges nagent ils toujours au bas des piscines ? Parce qu’au fond, ils ne sont pas si cons.
Au local du Mouvement de jeunesse, je passe tout mes loisirs, si bien que mes parents trouvent que je devrais y espacer mes visites. Un jour, je me fais vider de la classe, pas de ma faute, mais à cause de deux gars qui en disputant, ont su attirer le doute sur moi et mon voisin de banc. Bon, n’ayant rien à faire outre l’école buissonnière et n’osant raconter les faits à mes parents, je me rends au local, ce lieu si attirant. Entre deux heures et quatre, personne n’y venant, je ferme la porte à clef, me plongeant dans la préparation de mes devoirs en retard et de la mise à jour de mes cahiers. Ainsi, demain je serais prêt à toute question opportune.
Je suis là depuis peu, que j’entends frapper à la porte, un toc-toc hésitant. Je me penche prudemment vers le trou de la serrure et à travers je vois des petits pois blancs sur fond rouge. Une robe, donc une fille ! Quelle aubaine ! J’ouvre... et je reçois une gifle à bout portant.
C’est maman, qui m’ayant aperçu m’a suivi et deviné ma cachette. Je suis tout confus, mais allégé de mon péché, je reconnais que j’aurais du la mettre au courant, elle ou mon père. Les cartes sur table, c’est la meilleure des conduites. Au Lycée, tout s’arrange pour le mieux et les deux élèves qui nous ont accusés, sont punis à leur tour. J’ai perdu un cours, mais j’ai reçu de maman une bonne leçon.
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L’Hôtel des Oliviers |
On peut raconter encore sur cette rue pleine de vie, et sur les environnements, sur les rues parallèles et perpendiculaires. Sur le petit chenal voisin d’un côté, le petit jardin de l’autre et l’hôtel des Oliviers tout près... Ô nostalgie !
Camus,comme je te l’ai déjà écrit en m-p ou dit de vive voix, nous apprécions ce que tu écris (tu as une très belle plume )sans oublier Vivi. Nous vous sommes reconnaissants pour le temps que vous passez à rédiger tous ces beaux textes ! Heureusement que vous êtes là avec Moncef et quelques autres intervenants pour nous rappeler que Sfax existe toujours ! Merci à vous tous et encore Bravo !
Roland
Claude, ton commentaire vient compléter le récit. Je me souviens bien du dépôt de ton père, à la Rue des Belges. Je ne sais pourquoi, il m’avait semblé qu’il se situait dans une autre rue. Les dellij étaient caractéristiques dans les rues de Sfax. Je me souviens aussi de la blessure de ton sympathique oncle Hmino. J’ai eu mal au cœur en apprenant la mauvaise nouvelle de cette fracture, au fémur je pense. Hmino a été alité bien longtemps. A un certain âge, on ne se remet pas rapidement.
Tu as dit :
Et sais tu de quel bois a été faite l’échelle qui permettait de mettre la marchandise en hauteur ? Eh bien, du bois qui avait servi à fabriquer l’installation qui permettait à mon oncle Hemino (le mari de Couca) de s’assoir sur son lit quand il y avait été cloué suite à une blessure à la jambe.
Je ne savais pas ce détail, il n’est jamais trop tard pour apprendre ! Même après cinquante ans...
Joseph, je crois qu’il y a quatre rues parrallèles entre l’avenue Bourguiba et la rue de Rémada qui longe les grilles du port. Toutes débouchent sur la rue dite "de Haffouz", c’est à dire sur l’ancien quai des chalutiers. Je dis "ancien quai" car depuis l’installation des deux ponts basculants bleus à l’entrée du chenal, rares sont les bateaux qui pénétrent encore dans ce secteur du port.
La rue des belges était-elle celle qui passe devant l’hôtel des Oliviers (fondouk Zitoun) ?
Porthos
Merci Joseph pour cette précision,
Il me faut donc faire pivoter mes souvenirs d’un quart de tour.
Dans une ce ces rues, peut-être celle des Belges ou une autre, non loin du quai des chalutiers, se situait dans la seconde moitié des années soixante, "l’église" catholique. Ce n’était en fait qu’un "vaste" (quand on est gosse, on voit tout plus grand que la réalité) rez-de-chaussée d’immeuble, aménagé en chapelle. Lors de mes dernières visites à Sfax, contemporaines à la tienne, j’ai essayé de retrouver l’endroit sans succès. Bien entendu je ne m’attendais pas à y retouver une "église" en activité mais seulement l’endroit, mais rien dans ce quartier n’a pu me servir de repaire.