La seconde guerre mondiale en TunisieOn a souvent écrit et dit que la ville d’Hammam-Lif fut "épargnée" par les bombardements alliés, en raison de la présence du Bey. Mais ce n’était pas l’avis de mon père, ancien combattant ayant survécu à plus de 12 années de guerres : Verdun, la Somme, sans parler des campagnes du Maroc et du Tonkin...
Dans le même sens, voici un extrait de la biographie de mon beau-frère, Léonard Quattrochi, relatant la bataille d’Hammam-Lif.
En avril 1943, nous avons subi les premiers bombardements sur Sfax. C’était terrible. De jour comme de nuit, les avions de US Air Force et de la Royal Air Force bombardaient sans répit les installations portuaires et l’aéroport. Des avions de reconnaissance larguaient des fusées éclairantes. On y voyait comme en plein jour. Tout le monde se terrait chez soi.
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Le débarquement allié en Tunisie |
Il fallait coller des bandes de papier bleu sur les vitres des fenêtres pour filtrer la lumière et ne pas être vu, mais aussi pour éviter d’être blessé par les débris de verre. Nous eûmes très peur quand nos maisons furent touchées. Nous avions aussi creusé des tranchées et des abris pour nous protéger des éclats de bombes brûlants qui risquaient de nous tomber sur la tête. Puis nous fûmes hébergés chez la tante Margot en attendant une accalmie.
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La phase finale de la libération de La Tunisie |
Nous attendions que les alliés nous libèrent. Je venais d’avoir dix-sept ans et, en l’absence de mon père, la situation était grave. Ma grande sœur parvint à convaincre ma mère de quitter Sfax pour nous mettre à l’abri à Hammam-Lif, où nous avions des relations. Nous réussîmes à entasser quelques affaires dans une remorque attelée à un camion et répartir les sept membres de la famille entre le camion et la remorque. Nous pûmes ainsi franchir péniblement plus de 200 kilomètres, arrêtant de rouler dès la nuit tombée pour éviter les barrages et les bombardements. Le lendemain nous arrivâmes enfin à Hammam-Lif, épuisés et fort inquiets. On nous logea dans une buanderie à l’intérieur de la briqueterie de M. Bonano. Je vous laisse imaginer le désespoir de notre chère maman quand il fallut nous y installer dans le plus grand dénuement. Mais elle rassembla son courage et su faire preuve de philosophie, car enfin, nous avions au moins un toit.
Mais les Allemands tenaient toujours la capitale. Les bombardements s’intensifiaient et les combats faisaient rage autour de Sousse qui venait d’être libérée. Les alliés progressaient chaque jour vers le nord, nous nous trouvions à 17km de Tunis. Ma sœur pu retourner à Sfax pour voir Papa, lui apporter quelques friandises et aussi lui donner de nos nouvelles pour le rassurer sur notre sort. Enfin, la guerre suivait son cours et nous n’étions pas encore au bout de nos peines.
Le 7 mai 1943, la mairie d’ Hammam-Lif ayant affiché « Ville ouverte », les habitants furent soulagés, se croyant assurés de ne pas être bombardés.
Ce que l’on ne savait pas, c’est que les Allemands, afin de sauver le plus de matériel et de troupes possible et tenter une retraite vers le Cap Bon, avaient décidé de faire de Hammam-Lif un verrou de résistance !
Tous les carrefours et les champs étaient occupés par des tanks et des canons allemands ! Dès 10 heures du matin, les premières bombes anglaises éclataient sur la gendarmerie. Ce fut le signal de départ d’une bataille sans merci qui allait durer trois jours. Pour couronner le tout, nous allions essuyer les tirs lourds des canons de marine de la Royal Navy, car les Allemands avaient installé leur DCA sur la montagne. Nous étions pris en étau !
Quand les troupes anglaises de la 6 ème DB débarquèrent sur les plages, les Allemands leur opposèrent une vive résistance, s’accrochant au moindre pli de terrain, embusqués dans les jardins et les champs. Mon frère Jo et moi avions fuit vers la montagne, croyant, comme beaucoup de Hammam-Lifois, y trouver un meilleur refuge. Ce fut une erreur, que beaucoup payèrent de leur vie.
Ne sachant pas où nous étions, notre maman était dans tous ses états, nous croyant perdus ou morts de faim. Nous eûmes la chance d’être accueillis par une famille arabe qui habitait au pied de la montagne. Ils nous ont généreusement nourris de gâteaux tunisiens et de pruneaux d’Agen ! C’était la première fois que je goûtais à ces fruits secs, mais cela aurait pu aussi être la dernière !
Le dimanche 9 mai vers seize heures, après des combats de rues acharnés pour déloger les Allemands, nous fûmes enfin libérés. Les Anglais étaient entrés dans la ville, et nous étions sains et saufs. C’est alors que nous sommes descendus de la montagne pour rejoindre nos parents. Maman qui nous attendait, inquiète, nous accueillit les bras ouverts. Quelle joie de nous retrouver enfin !
Léonard Quattrochi
Dans le texte :
Dans le même sens, voici un extrait de la biographie de mon beau-frère, Léonard Quattrochi, relatant la bataille d’Hammam-Lif.
En lisant cet extrait de ton beau-frère Léonard Quattrochi, je pense aux textes qu’a écrits avec tant de maëstria ton second beau-frère Roger Cohen.
Très pénible époque qui a été relatée aussi par Moïse Bouhnik zal, la dernière grande mémoire de Sfax.
Ça y est ! j’ai enfin retrouvé mon identifiant pour te remercier ici de cette publication.
Oui, Roger, un type épatant, est un brillant lettré et un écrivain de première force. Léonard, par contre, n’a fait que des études primaires, mais est néanmoins un vrai philosophe autodidacte.
Sa biographie fut réalisée sous formes d’interviews pour une série émissions de radio, il y a quelques années. Sa femme Armandine (ma sœur) a également rédigé sa part de biographie et sa version des évènements de cette époque est tout à fait passionnante, mais je n’ai pas encore terminé sa rédaction.
C’est à partir de la transcription de ces interviews que j’ai rédigé ces textes, ce qui expliquerait que certains amis du forum avaient reconnu mon style, parait-il. Ah, on ne peux rien vous cacher :-)