Le casse-croûte tune.Vivi m’a demandé d’écrire quelques lignes concernant Nessim, le confectionneur de sandwiches tunisiens. Ce qui est sorti de ma plume, c’est une nuée de souvenirs, relatifs surtout au père de Nessim, Aharon.
Aharon s’est marié et a enfanté deux enfants, Rachel et Nessim. Ayant perdu son épouse, ses enfants étant en bas âge, il a assumé les activités de papa et de maman en même temps : se levant très tôt, il cuisinait, faisait la lessive, habillait les gosses, les envoyait à l’école, faisait les courses en revenant du travail, et tout ceci étant privé de la vue. Plus tard, sa fille fut placée chez ses oncle et tante, un homme ne pouvant assurer certaines fonctions maternelles, à cette époque du début du 20ème siècle.
Rachel a acquit l’art de maintenir une maison, de l’entretenir de faire le ménage et de cuisiner. Elle épousa mon oncle Miro et c’était un plaisir d’aller leur rendre visite et de s’assoir à leur table. J’ai des très bons souvenirs de la tante Rachel et de l’oncle Miro, ainsi que de leurs filles, Marie et Raymonde.
Arriva le moment où Nessim du choisir un emploi. Étant gros, il ne faisait pas l’affaire pour les métiers manuels. Son père Aharon trouva la solution plausible.
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Nessim et Nouwara Allouche (zal) |
— Fils, je vais t’enseigner la technique de pétrir la pâte et de confectionner des bons petits pains.
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Khobs talian |
Sitôt dit, sitôt fait, Nessim a pétrit tant et enfourné aussi abondamment qu’il devint le spécialiste des pains italiens. Ceux là qu’on utilise pour les casse-croûte au thon.
Le reste n’était qu’un jeu d’enfant, préparer des salades variées et de remplir ces bons petits pains de carottes mézouara, de terchi, de thon, d’olives, de câpres et tous les aliments essentiels pour un sandwich tunisien. Un charriot fut confectionné chez le menuisier du coin, véhicule ambulant pour les aliments de Nessim et servant aussi de table de travail. Ingénieux. L’histoire de Nessim, c’est plutôt celle de son père, si compétent.
Nessim prit place près du kiosque à musique devant le Café La Cigale. Très consciencieux, il servait adroitement ses clients, venant faire une pause, ou de passage, ou travaillant dans les environs. Nessim leur préparait un casse croûte ou un plat tunisien au choix et au même prix. Les clients hochaient de la tête pour dire oui, ou non, à chaque ingrédient que le vendeur montrait.
Il m’arrivait d’aller acheter un casse croûte chez Nessim, il ne me regardait même pas, si occupé était-il à remplir son petit pain. Il me demandait cinquante francs, ne s’apercevant pas qui j’étais. Je pense que ses sandwiches étaient les meilleurs qui soient.
J’ai mangé quantité de casse-croûtes tunisiens, ceux de Nessim sont incontestablement les meilleurs. Nessim a épousé Nouwara (Fleur) et a laissé un fils Rony (Aharon) dont les enfants sont aussi doués que leur arrière grand-père.
Aharon, je le voyais souvent, allant en ville à pieds, longeant les murs de la caserne après le passage à niveau. Que d’admiration j’avais pour ce grand-père si intelligent, cet homme à la mémoire surprenante, cet érudit qui corrigeait la lecture de La Thora à la Synagogue, sachant tout le Livre par cœur, ce puits de connaissances qui a refusé de poser sa candidature au Grand Rabbinat de Sfax, afin de s’occuper de l’éducation de ses enfants.
En 1959 ou 1960, j’ai vu un entrefilet dans la Presse : le rabbin bien connu, Aharon Allouche est décédé et a été enseveli à Beersheba.
Le téléphone n’étant pas relié dans la plupart des maisons en ces temps là, je me suis empressé d’écrire une lettre à l’intention de ma tante Rachel (Bahlou), pour lui dire toute la peine que j’ai ressentie au même moment.
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Casse-croûte tunisien |
Composants et préparation :
Des petits pains selon le nombre de personnes. Voir : recette pain maison.
Olives vertes et noires dénoyautées
Câpres
Harissa imbibée d’huile d’olives de Sfax voir la recette de l’Harissa selon Vivi
Slata méchouïa, Salade braisée d’ail, de piments, de poivrons, d’huile et de tomates
Terchi, pommes de terre et courge bouillies, râpées avec harissa, coriandre en graines, un demi-citron pressé et carvi
Mézouera, carottes bouillies, avec coriandre en graines, harissa et une goutte de vinaigre
Thon du Cap Bon
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Les ingrédients |
Felfel mekli, piments frits
Aubergines frites
PS : Cliquer sur les mots-clef (en italique et en couleur) dans les ingrédients.
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La fin de chaque casse-croûte selon Shir, ma fille |
Je soulève mon chapeau en souvenir de tous les disparus, qui ont revécu un moment dans ce récit.
Il fallait bien tôt ou tard, comme l’os de Rabelais, casser la croûte de ces blankits italiens, pour sucer la substantique moelle...
Cet hommage à Nessim et cette "nuée de souvenirs" que l’on imagine tout au long du texte, est une pure merveille !
Merci Camus de nous offrir tant de trésors, sans oublier Vivi qui a su te stimuler.
je suis pleine d’admiration pour tout ce qu’a fait cet homme en étant aveugle. Il y a quand même des gens extrêmement méritants sur terre, il en fait partie.
Quand viendra le moment où ma destination sera la Tunisie, si je ne sais pas quoi manger, je pourrais toujours me nourrir avec les casse-croutes tunisiens que je ne connais pas.
Merci à l’auteur de ce récit et aussi à tous ceux qui ont participé car à travers les réponses, on en apprend.
Puisque c’est la journée des sandwiches, j’en rappellerai deux qui sont entrés dans l’histoire.
* Celui que Bébert Delon m’a envoyé acheter chez Chabouni :
-- Demande une petite boite de thon de 100 gr qu’on mettra dans une baguette entière préalablement remplie d’harrissa étalée tout le long. Que le pain soit farci d’olives noires et vertes, de citron et de poivron salés, de câpres et de variantes etc. Une goutte d’huile d’olive ne me fâchera pas. Et si tu vois encore d’autres ingrédients, demande-les.
Chabouni m’a écouté avec patience, il a tiré son crayon de derrière l’oreille et a écrit les données de son futur chef d’œuvre. Il m’a demandé :
-- Tu veux une tomate coupée en cubes, avec un cornichon salé ?
— D’accord ? Voilà cent francs pour payer ce beau casse-croute.
— Bon ! Dans cinq minutes, ce sera prêt.
Le temps d’aller acheter une bière Stella bien fraîche dans le kiosque au rond-point de la station Shell, le casse-croûte était prêt. Bébert a mangé de bon appétit.
* Le second sandwich est celui que Freddy a mangé au supermarché de Dimona, (celui ou travaillait Vivi). Le magasinier ayant vu Freddy dans le magasin lui a demandé s’il aurait bien l’obligeance de donner un coup de main, au déchargement d’un camion de marchandises.
— Volontiers ! dit Freddy. Mais auparavant, je ne dirais pas non à un petit sandwich.
-- Vas-y ! Sers-toi ! Ne te gène surtout pas.
Freddy s’est servi, il ne s’est pas gêné et il a préparé un bon casse-croûte dans une belle baguette, sans oublier aucun des composants classiques du sandwich tune. Après, quand il a été bien rassasié, il a aidé le magasinier à débarder sa marchandise.
Le magasinier avait regardé Freddy avec des yeux ronds, en demandant :
— Tu appelles çà un petit sandwich ?
— Que te dire, je m’en contente !
L’épicerie de Papa Syfax était à Picville, Immeuble Mattéi. Un agent de police avait pris habitude d’y venir quotidiennement prendre son casse-croûte et le manger sur place "blech" gratis.
En ce temps là, Papa Syfax possédait un grand motocycle, semblable à celui des "gardes mobiles" ; le matin comme le soir, je prenais place par derrière le long du trajet qui mène de "Chihya", route de téniour, à l’épicerie et vis versa.
Un jour, nous fûmes arrêtés par ce même agent de police pour une contravention chèrement payée : "service, service, camarades après".
Evidemment depuis, ce policier n’est plus passé dans les parages. Il est vrai qu’en ce temps là, un dicton se faisait fréquemment entendre : "3acher kalb, we ma t’3acherch m’khazni" : "fais d’un chien ton ami, mais ne te lie pas d’amitié avec un policier", mais papa Syfax croyait certainement que c’était valable seulement pour les autres. Ceci dit, j’ai personnellement veillé toute ma vie à une stricte application de cet adage.
Il y a quelques mois, ma femme s’était vue retirer provisoirement son permis de conduire par le chef de brigade de la police de circulation à cause d’un excès de vitesse. Cet honorable officier n’était autre que notre voisin du palier ; son épouse et ses enfants nous rendaient souvent visite mais aucun d’entre eux n’avait réussi à le convaincre de passer l’éponge, conscience professionnelle oblige.
Mais là, on s’éloigne beaucoup de nos casse-croûtes.
Quel drôle de poulet-cier ! Il a eu du culot ! Moi non plus, je ne demande pas des services à ces gens. Est cité aussi, dans Retour à Thyna, d’Hédi Bouraoui, le policier qui allait au marché central à Sfax tous les jours et remplissait son panier d’aliments à l’œil, pour plus tard fermer l’œil.
Mon père avait un ami policier, Mohamed El Marsaoui, un vrai ami celui-là. Ils se voyaient souvent, se rendaient visite et service. Ils passaient des soirées ensemble, à préparer du thé et à chanter accompagnés de la mandoline.
Il y a des vrais amis, on ne les oublie pas, policiers ou non. La famille El Marsaoui est resté ancrée dans mon cœur.
Bien que la deuxième anecdote est vrais aussi ? Il manque comme même quelques détails à cette histoire. Celui qui vendait les variantes était votre humble serviteur, je vous assure qu’il n’a pas été de main morte le Freddy.
Quand le directeur la vue, il lui dit :
— tu ne veux pas un bière aussi ?
— ben si tu insiste, je ne dirais pas non.
Et voilà qu’en plus du petit sandwich il perdirent un bière aussi.
Je pense qu’il aurait mieux fait de louer un ouvrier a l’heure que de choisir les services de Freddy.
Une autre anecdote qui m’ai arrivé dans ce supermarché a été censuré par Camus. Mais si vous y tenez je crois l’avoir mise sur l’un des forums a vous de piocher.
Je voudrais rappeler aussi le plat complet, ou bien le plat tunisien sous son autre nom. Ce plat se constitue de tous les ingrédients rappelé sur le casse-croûte tune, mais pour différencier ceux-ci sont servis dans une assiette. Je n’oublie pas le piment salé, tu vois Syfax cette fois il ne c’est pas éclipsé ce maksouf. Je crois qu’il y a autant de plaisir à le déguster que le casse-croûte.
Je pense qu’il y a encore un sandwich qui n’a pas eu sa valeur mérité, si mes souvenirs sont bons il n’a presque pas été discuté. Il s’agit du sandwich aux anchois.
Pour çà il faut piquer un petit pain du panier de Camus l’ouvrir sur sa longueur, étalez de l4harissa de la salade braisée, olives vertes et noires, câpres trois a quatre filets d’anchois, (Sur les quelles vous saupoudrez une pincée de poivre noir une goûte de jus de citron), un felfel mseyer, (piment salé) n’oublions pas la cuillère de terchi
Attention je dis bien filets d’anchois, surtout pas des filets de sardines a " l’anchoise" (Vivi n’arrête pas d’inventer des mots). Bon appétit
je vois que le casse-croûte de Camus fait couler beaucoup d’huile et l’on en arrive maintenant au plat de vivi et à ses anchois qui me font saliver ! je voudrais , avant se passer à une autre "génération" de sandwichs, vous faire part du prix moyen d’un casse-croûte tunisien : celui-ci coûte plus ou moins un euro. Au milieu des années 1950, ça coûtait environ 40 francs tunisiens (prix de 4 oeufs à l’époque)mais on pouvait toujours avoir un casse-croûte à un moindre prix, fait seulement d’harissa, d’huile , de deux sardines de conserve et de quelques olives.
Compte tenu donc de cette diversification des produits, je vais y rajouter les casse-croûtes dits "kaftéji" !
ici pas de thon ni d’harissa ni de felfel msayer : fendre le pain, y mettre de la salade mechouiya, un peu de sauce tomate ;un peu de "tastira" (felfel mekli+tomates et oeufs frits, le tout haché finement et bien malaxé), un oeuf frit, un ou deux felfels mekli et quekques olives, le tout parsemé de persil et d’oignons finement hachés et recouvert de bâtons de pomme de terre frite .
A l’instar du casse-croûte, le "kaftéji" peut être présenté soit sous forme de sandwich soit dans un plat : "s’honn kaftéji".
Un mot sur le "felfel mekli" : le plus recherché c’est le felfel "baklouti" : variété très piquante et petite de taille, originaire de "B’kalta" aux alentours de Mahdia, mais actuellement cultivé partout en Tunisie. Une autre variété est également non moins prisée, appelée "meski", légèrement piquant et pouvant servir tant pour la friture que pour la salaison.
Vous avez tous raison, on ne peut rester indiffèrent devant un casse-croûte.
La preuve que depuis que la famille c’est rétrécit ? Nous avons changés nos coutumes (plus de couscous le vendredi) et a chaque fois que Camus prépare du pain ?
Automatiquement Vivi sort les olives , câpres, Slata méchouia (de la salade fraîche si il en a pas de prêt) etc......
Une ou deux bouteilles de bières et le tour est joué.
Mais je voudrais vous raconter autre chose concernant Néssim qui était très religieux.
Un samedi comme dans nos habitudes j’étais chez ma tante Bahlou la soeur de Néssim pour manger l’harissa du samedi. (je préférais toujours celle de ma tante a celle de ma mère a cause de l’ambiance) comme c’était une journée très chaudes j’ai enlevé ma chemise pour rester torse nu.
Néssim qui été aussi ce samedi m’a vu me mettre a table de cette façon et me dit :
— Tu n’a pas honte de manger torse nu sur la table de notre ancêtre Abraham ?
— Je ne comprends comment tu dis çà,quand c’est mon oncle qui apporte les sous et ma tante qui cuisine ?
Mon oncle Néssim n’a pas ajouter un mot, mais aujourd’hui je sais que j’ai déconné, j’aurais du respecter sa croyance.
J’espère qu’il ne ma pas tenu rancune pour çà.
Joseph a écrit : que l’on savoure jusqu’au dernier crouton en espérant qu’il n’ait pas de fin.
Ô comme tu as raison, chez nous maintes fois quand nous avons le déplaisir de le voir finir ? Nous en prenons un second,sans aucune hésitation.
Après cela, on s’étonne que le ventre s’arrondit.
Joseph, j’aime tous les sandwiches, comme celui que tu as improvisé, ou avec une omelette ou une caaboura. Des fois nous ajoutons au casse-croûte au thon, une salade fraîche, faute de salade braisée, ou des tranches de pommes de terre bouillies et d’œufs durs, style fricassées, pour remplacer le terchi et la mézaoura.
Nous avons mangé aussi des sandwiches, comme les a décrits Moncef, tout est bon.
Essaie tout Sabine, la cuisine n’est que le résultat d’essais innombrables. Comme on disait à Sfax :
A3té lel barma ta3tik. Donne à la marmite, elle te le rentra.
Bravo Camus pour cet article aussi savoureux qu’un casse-croûte tunisien !!
En lisant ce beau document, tous mes souvenirs d’enfance montent en surface pour revoir mon père, dans son épicerie de Picville, faire des casses-croûtes selon le choix du client, avec les petits pains italiens ou arabes.
Pour un sandwich au petit pain arabe (de forme arrondie), deux méthodes étaient employées :
soit un sandwich avec le pain entier : un creux est alors soigneusement taillé au verso où seront mis tous les ingrédients nécessaires,lesquels seront par la suite recouverts par la partie du pain qui a été déjà enlevée.
soit un sandwich utilisant seulement la moitié de ce petit pain arabe ; la partie utilisée est exploitée en enlevant la mie et en mettant à sa place les ingrédients du casse-croûte ; la mie est ensuite remise pour recouvrir.
Beaucoup d’amis de retour en Tunisie disent ne plus retrouver les saveurs du casse-croûte d’antan : en fait rien n’a changé sauf peut-être le goût subjectif du client sinon aussi une certaine ambiance de l’époque.