Les enfants d’Hammam-LifAux "enfants de tous pays" comme chantait merveilleusement Enrico Macias,, et à ceux d’Hammam-Lif en particuliers :
Une petite page de souvenirs de Hammam-Lif,extraite de la biographie de mon frère : Une enfance toujours ailleurs
L’homme entra brusquement, referma la porte à glissière derrière lui et je le vis de face.
Rougeaud, le visage plein de sueur, il était coiffé de la casquette règlementaire de la Compagnie Fermière des Chemins de Fer Tunisiens (C.F.T.) et ressemblait à une pleine lune dans un nuage. Ahuris, la bouche bée, devant cette abominable créature qui vociférait à n’y rien comprendre, nous étions pris au piège dans le compartiment d’une voiture d’un train de voyageurs sur sa voie de garage dans la petite gare de Hammam-Lif.
Enfants de cette ville, âgés à peine de douze ans, nous venions souvent jouer là, des heures durant, les chaudes après-midi de nos grandes vacances scolaires.
Aldo, Roger et moi étions saisis de frayeur. La seule issue pour échapper au bourreau était la fenêtre donnant sur la voie, mais la peur nous paralysant, ma réaction fut assez lente. Aldo, le plus jeune d’entre nous, fut le premier à réagir. Grâce à sa petite taille, il parvint à se faufiler adroitement entre la glace et l’encadrement de l’ouverture et chuta sur le monticule de gros cailloux, que les cheminots appellent ballast, qui borde souvent les voies ferrées.
Je l’entendis pousser un léger cri de douleur, mais il fut aussitôt sur pied et nous fit un salut de la main en se sauvant à toutes jambes. Roger et moi, collés à la vitre, étions coincés et je pensais déjà aux conséquences, la bonne fessée et les réprimandes de mon père qui faisait lui-même fonction dans la compagnie. En apprenant cela, il était clair qu’aucune tolérance ne me serait accordée.
Nous voici donc en compagnie de ce gros monsieur, une de nos oreilles dans chacune de ses mains, sur lesquelles il ne se privait de tirer chaque fois que nous ralentissions l’allure. Nous pleurions à fendre une âme, mais l’homme n’avait pas de cœur et sans doute pas d’âme. C’était le parfait contractuel, et c’est en conquérant satisfait qu’il nous fit entrer dans le bureau miteux du chef de gare en disant :
Chef, voici deux garnements qui souillent et endommagent les voitures de la compagnie.
Le chef de gare avait l’air bon. Sa moustache brune s’étalait frémissante sur son visage blême, contraste que renforçait l’or des galons de son uniforme. Les deux mains appuyées sur son bureau, les bras tendus, le corps en avant, il nous dévisagea un instant en souriant, puis, il se redressa net, et passant ses mains derrière son dos, il s’exclama :
Mais... c’est le fils de monsieur Fernand ! On ne peut le croire, un homme si honorable, une famille exemplaire !
Il faut vous dire que nous étions une des familles de la ville qui comptait le plus d’enfants. Oui, nous étions onze frères et sœurs et j’étais en huitième position. Tous élevés dans la rigueur de parents que l’on disait modèles et qui se dévouaient corps et âme pour leur progéniture. Tout le monde le savait dans la ville et l’étonnement du chef de gare n’était pas ironique. Il poursuivit :
J’en toucherai deux mots a ton père, sacré garnement. Allez, ouste ! Filez, vous deux, avant que je me fâche.
Nous ne le fîmes pas dire deux fois et déguerpîmes. Une fois dehors et soulagé d’en être quitte à si bon compte, Roger prît un malin plaisir à me rabâcher les menaces du chef de gare. On est bête et méchant à cet âge, c’est ainsi. Roger n’était pas vraiment un ami, mais seulement un voisin de notre maison de la rue de Bruxelles, une petite villa qui me paraissait immense, une merveille à mes yeux d’enfants.
La façade de notre villa s’étendait donc sur une trentaine de mètres le long de la rue de Bruxelles, à peine bitumée, à deux pas de la mer méditerranée et adossée à ces vertes collines ornées de pinèdes finissant en un sommet bicorne, le Bou-Kornine, qui d’un côté surplombait la ville de Hammam-Lif et de l’autre les plaines fertiles de Cédria.
Ô Belle montagne qui berça mon enfance ! Chaque pouce de terre contient tant de souvenirs chers à mon cœur. Le Bey, dernier souverain de la dynastie tunisienne, fit bâtir un palais au bas de son flanc. Il y séjournait régulièrement chaque automne, jouissant avec sa cour des bienfaits des sources chaudes, d’où le nom de Hammam donné à ma ville natale.
Station thermale réputée, elle prenait l’allure d’une cité plus importante de juin à octobre. Depuis les plages, parfumées d’iode, jusqu’au palais, ce n’était alors que grouillement de foule enjouée se mêlant aux fanfares beylicales dont les marches traditionnelles et les bruyantes parades avaient ce grain de fantaisie nord-africaine.
[...]
Arrivé à la hauteur de sa maison, Roger me quitta avec un air sournois et une tape sur l’épaule en guise de salut. Il commençait à se faire vraiment tard et je devais être rentré avant dix-sept heures. C’est donc au pas de course que je parvins au portail de la villa Ouchy. Aldo accourut aussitôt pour savoir ce qui s’était passé après son évasion. Très court de taille, il avait des yeux écarquillés, d’un noir brillant, un nez en trompette et des cheveux anthracite toujours en bataille qui lui donnaient un air bouffon.
Bon camarade, il était issu d’une de ces familles siciliennes qui foisonnaient dans la ville. J’aimais beaucoup ce garçon avec lequel nous avions toujours plus d’une aventure à nous raconter. Son père, qui vendait des pizzas à la sauvette, déambulait du matin au soir dans les rues de la ville en poussant un petit four monté sur deux roues de bicyclette, dans lequel étaient rangés les plateaux des délicieuses pizzas que la mama préparait au fur et à mesure des ventes. Souvent, Aldo en chipait quelques portions que, perchés dans les faux-poivriers qui bordaient la rue de Bruxelles, nous avalions furtivement avec un fou rire. Aldo, qui avait deviné mon tourment à ma mine penaude, ne me posa aucune question.
Au revoir, lui dis-je, à demain.
Très longtemps , j’en ai eu des remords .Quand je pensais aux sacrifices et aux privations qu’ils enduraient pour notre bien être, Ils me tenaillaient encore plus fort .
Il y a quand même une justice sur terre , je n’ai pas rendu un centième à mes parents , de ce qu’ils ont fait pour moi , mais cette dette n’est pas restée impayée . j’ai fait de même avec mes enfants , et ce que je leur ai fait endurer , mon fils , qui au font est un brave garçon , m’en a fait voire encore plus .
Daniel bravo, j’ai bien aimé cette première partie, (tu avais bien dis a demain ?) Donc patience Vivi çà viendra.
Dans ce texte je crois que chaque enfant se reconnaîtra, même si il n’est pas de hammam-lif.
A l’époque les enfants ne se cassaient pas la tète pour trouver un passe temps. Je trouve çà bien économique pour les parents, car si nous les comparons aux enfants de nos jours ? Qui eux se contentent de courir leurs aventures devant l’écran (Comme vivi maintenant !) Rien de ressemblant.
Rien qu’à voir ton oreille entre les doigts du Monsieur et voilà que les souvenirs de notre directeur d’école font surface, je revois mon oreille entre ses doigts etil n’y allait pas de mains morte je te le promets.
Tiens elle est encore toute rouge, un peu grâce a toi non ?
Dis René ne sommes nous pas a demain ?
Chers Camus et Vivi,
merci pour vos appréciations.
J’attends d’avoir une journée de congé pour continuer la transcription du texte. Encore une peu de patience.